Chers amis,

Deux personnes sont mortes en France, il y a quelques semaines, après avoir mangé du pâté en croûte.

Du pâté en croûte ! Pas un champignon vénéneux ramassé dans la forêt, pas un poisson-globe mal préparé dans un restaurant japonais… du pâté en croûte, acheté chez un charcutier.

L’entreprise mise en cause s’appelle Drôme Ardèche Tradition, elle est installée à Bourg-de-Péage, près de Valence. Douze personnes ont été contaminées par la listériose entre octobre 2025 et janvier 2026. Toutes hospitalisées. Deux décédées ; des personnes de plus de 75 ans[1].

Quand j’ai lu cette histoire, j’ai pensé à mes parents. À tous ces gens que nous aimons, qui ont plus de 70 ans, et qui grignotent volontiers une tranche de pâté en croûte avec un cornichon le dimanche.

J’ai aussi pensé… à mon propre réfrigérateur.

Ce qui rend la listériose aussi traître, c’est que la bactérie responsable – Listeria monocytogenes, pour les amateurs de noms barbares – possède un superpouvoir que n’ont pas les autres bactéries.

Elle adore le froid.

La plupart des microbes ralentissent ou cessent de se multiplier à basse température. C’est le principe même du réfrigérateur : vous mettez vos aliments au frais, et les bactéries font la sieste.

Mais Listeria ne dort pas. Elle continue à se multiplier…

Votre frigo, censé être votre meilleur allié, devient son terrain de jeu préféré.

Et les aliments les plus à risque sont précisément ceux qu’on conserve au réfrigérateur et qu’on mange tels quels, sans les réchauffer : charcuteries cuites (pâtés, rillettes, jambon en gelée), fromages à pâte molle au lait cru, poissons fumés, crudités préemballées…

Autrement dit : des aliments que vous et moi avons très probablement dans notre réfrigérateur à l’instant où je vous écris.

Si je vous parle de listériose aujourd’hui, ce n’est pas seulement à cause de cette affaire dans la Drôme.

C’est parce que la tendance de fond est préoccupante.

Entre 1999 et 2020, la France comptait entre 188 et 414 cas de listériose par an. C’était relativement stable.

Depuis 2021, la courbe monte, année après année. En 2024 c’était 619 cas[2]. C’est bien plus que tout ce que la France avait connu au cours des deux décennies précédentes.

Et la France n’est pas un cas isolé : on observe la même tendance dans toute l’Europe.

L’explication officielle est tombée sur France Inter, le 13 mars dernier.

Marc Lecuit, infectiologue à l’Institut Pasteur et responsable du centre national de référence sur la listeria, a expliqué que cette hausse n’était due ni à une contamination accrue des aliments, ni à un relâchement des contrôles.

D’après lui, c’est le vieillissement de la population qui explique tout. Nous avons de plus en plus de personnes âgées, souvent atteintes de maladies chroniques, et donc plus vulnérables[3].

Il a raison… en partie.

L’âge médian des patients contaminés dans l’affaire de la Drôme est de 81 ans. Dix sur douze présentaient des comorbidités : cancer, diabète, insuffisance rénale[4]. Le taux d’incidence chez les plus de 90 ans est de 87 cas par million d’habitants, contre seulement 2,3 chez les moins de 60 ans[5].

Il est donc exact que la listériose frappe d’abord les plus fragiles.

Mais cette explication a un goût amer. Et je vais vous dire pourquoi.

Le vieillissement de la population n’est pas apparu en 2021. Nos aînés vieillissaient déjà avant. Alors pourquoi cette accélération brutale ces quatre dernières années ?

Marc Lecuit lui-même fournit un début de réponse, presque entre les lignes : « On a une population âgée dont on s’occupe mieux médicalement, mais ça se fait au prix d’une fragilisation de ces personnes. »

Relisez cette phrase.

On soigne mieux nos aînés… mais on les fragilise. Les traitements médicamenteux lourds (immunosuppresseurs, chimiothérapies, corticoïdes au long cours) affaiblissent leurs défenses immunitaires. Résultat : ils sont plus exposés à des infections qui, jadis, ne les auraient pas atteints.

C’est le serpent qui se mord la queue : la médecine moderne prolonge la vie… mais rend plus vulnérable aux infections alimentaires.

Et pendant ce temps, l’industrie agroalimentaire continue à produire et commercialiser des plats préparés réfrigérés, des charcuteries cuites, des salades en sachet – autant de produits à risque – sans prendre en compte que sa clientèle vieillit et se fragilise.

Quant à la réponse des autorités…

Dans l’affaire de la Drôme, les premiers cas datent d’octobre 2025. Le rappel des produits n’a été lancé que le 5 mars 2026[6]. Cinq mois plus tard.

Cinq mois pendant lesquels Listeria a circulé tranquillement… dans des réfrigérateurs, dans des assiettes, dans des corps.

Je ne jette la pierre à personne en particulier. Les contrôles sanitaires français restent parmi les meilleurs au monde. Mais le système est réactif. On éteint l’incendie après que la maison a brûlé.

Il existe des gestes simples, que nos Anciens connaissaient, pour vous protéger, vous et vos proches :

Vérifiez la température de votre réfrigérateur. La majorité des Français ne le font jamais. Or, beaucoup de réfrigérateurs sont réglés trop chaud : 6 ou 7°C au lieu des 4°C nécessaires. Un petit thermomètre (quelques euros chez votre quincaillier) suffit. Placez-le en bas, dans la zone la plus froide. Si votre frigo dépasse 4°C, vous déroulez le tapis rouge à Listeria[7].

Nettoyez votre réfrigérateur. Une fois par mois, au minimum. Avec de l’eau javellisée. Listeria forme des biofilms invisibles sur les parois et dans les joints. Un simple coup d’éponge ne suffit pas[8].

Respectez les DLC. Pas les « à consommer de préférence avant » (ça, c’est la qualité), mais les dates limites de consommation strictes, celles qui figurent sur les produits frais. Et une fois le paquet ouvert, ne gardez pas les restes plus de deux à trois jours[9].

Réchauffez ! C’est peut-être le conseil le plus important. Listeria est sensible à la chaleur : un passage à 70°C la détruit. Si vous avez des restes de charcuterie, de plats cuisinés, de gratins… réchauffez-les correctement. Ne vous contentez pas de les manger tièdes ou à température ambiante[10].

Séparez le cru du cuit. Les jus de viande crue qui coulent dans le réfrigérateur sont un vecteur redoutable. Rangez toujours la viande crue dans un contenant fermé, en bas du frigo, pour éviter toute contamination croisée.

Si vous avez plus de 65 ans, ou un système immunitaire fragile (traitement médical lourd, diabète, cancer…), soyez particulièrement vigilant avec les charcuteries cuites achetées à la coupe (préférez les produits sous vide), les fromages au lait cru à pâte molle…

Ce ne sont pas des solutions « miracles ». Il n’y a là aucun secret bien gardé. Simplement du bon sens, appliqué avec rigueur.

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] « Cas de listériose en lien avec la consommation de produits de charcuterie prêts à manger de l’entreprise Drôme Ardèche Tradition. », Santé public France, 12 mars 2026 ; disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2026/cas-de-listeriose-en-lien-avec-la-consommation-de-produits-de-charcuterie-prets-a-manger-de-l-entreprise-drome-ardeche-tradition.

[2] « Listériose en France. Période 1999-2024. » Santé public France, 19 septembre 2025 ; disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-infectieuses-d-origine-alimentaire/listeriose/documents/bulletin-national/2025/listeriose-en-france.-periode-1999-2024.

[3] « Listériose : la hausse du nombre de cas est liée au vieillissement de la population, explique un infectiologue » France Inter, 13 mars 2026 ; disponible sur : https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/listeriose-la-hausse-du-nombre-de-cas-est-liee-au-vieillissement-de-la-population-explique-un-infectiologue-5670778.

[4] « Cas de listériose en lien avec la consommation de produits de charcuterie prêts à manger de l’entreprise Drôme Ardèche Tradition. », Santé public France, 12 mars 2026 ; disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2026/cas-de-listeriose-en-lien-avec-la-consommation-de-produits-de-charcuterie-prets-a-manger-de-l-entreprise-drome-ardeche-tradition.

[5] « Listériose en France. Période 1999-2024. », Santé public France, 19 septembre 2025 ; disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-infectieuses-d-origine-alimentaire/listeriose/documents/bulletin-national/2025/listeriose-en-france.-periode-1999-2024.

[6] « Cas de listériose en lien avec la consommation de produits de charcuterie prêts à manger de l’entreprise Drôme Ardèche Tradition. », Santé public France, 12 mars 2026 ; disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2026/cas-de-listeriose-en-lien-avec-la-consommation-de-produits-de-charcuterie-prets-a-manger-de-l-entreprise-drome-ardeche-tradition.

[7] « Listériose : symptômes, traitement, prévention. », Institut Pasteur, avril 2024 ; disponible sur : https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/listeriose.

[8] Ibid

[9] « Qu’est-ce que la listériose et comment s’en prémunir ? », Anses, 20 août 2025 ; disponible sur : https://www.anses.fr/fr/content/quest-ce-que-la-listeriose-et-comment-sen-premunir.

[10] « Listériose : symptômes, traitement, prévention. », Institut Pasteur, avril 2024 ; disponible sur : https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/listeriose.