Chers amis,
Les flatulences, comme le bon sens, sont la chose du monde la mieux partagée.
Leur irruption vous ramène à la dimension la plus physiologique de la vie et, selon la ou les personnes en compagnie desquelles vous les émettez – ou les remarquez – elles vous gêneront ou vous feront rire.
D’après les magazines féminins, s’autoriser à péter en présence de son partenaire serait même le gage d’une relation de couple saine et durable. Je vous laisse juge[1].
Enfant, j’ai été marqué par le « concours de pets » des personnages de Louis de Funès et Jean Carmet dans La Soupe aux choux. C’était à celui qui ferait le plus sonore et sophistiqué.
Un de mes oncles, aujourd’hui décédé, ponctuait chacun des siens par « tiens, y’a de l’orage ».
Il y a le bruit, et, bien évidemment l’odeur, pour reprendre une formule malheureuse de Chirac.
Les deux peuvent être tout aussi gênants… et pourtant, heureusement, la plupart passent inaperçus : l’être humain en produit en moyenne deux à trois dizaines par jour !
C’est quand vous dépassez ce « seuil » que les flatulences peuvent être le signe de vrais problèmes. J’y reviendrai.
Les Américains ont inventé le « slip intelligent » (ne riez pas)
Les flatulences sont un mélange d’azote, d’oxygène, de dioxyde de carbone, d’hydrogène et, chez certaines personnes, de méthane – bref, des… gaz – expulsés par l’anus.
Leur mauvaise odeur est due à de petites quantités de composés soufrés.
Des chercheurs de l’université du Maryland, aux USA, ont voulu mesurer précisément la fréquence des flatulences humaines.
Pour ce faire, ils ont conçu un « slip intelligent » (« smart underwear »), un petit dispositif qui se clipse sur les sous-vêtements de volontaires et mesure en continu les quantités d’hydrogène rejetées par la production bactérienne des intestins.
Cela peut paraître idiot, mais c’est la première fois qu’une équipe de chercheurs parvient à compter précisément le nombre de pets émis par des êtres humains tout au long de la journée !
Premier résultat, qui ne vous surprendra pas : la disparité d’une personne à l’autre est considérable : chez les 19 participants volontaires, cela va de 4 pets/jour à… 59 !
Soit une moyenne totale de (second résultat) 32 pets/jour – soit le double de ce que l’on croyait jusqu’alors[2].
Émettre en 20 et 30 pets par jour, pour une personne en bonne santé, est donc parfaitement normal.
Cela devient préoccupant seulement si ces pets sont associés à des douleurs importantes, des ballonnements sévères, une diarrhée ou constipation persistante.
Votre ventre appelle à l’aide
Les flatulences excessives – en fréquence comme en gêne physique – ne sont pas une fatalité. Elles sont un message.
Pour comprendre ce message, il faut revenir à une réalité biologique que l’on redécouvre depuis une dizaine d’années : vous n’êtes pas seul dans votre ventre.
Vous hébergez environ deux kilos de micro-organismes. Ces milliards de bactéries se trouvent essentiellement dans votre côlon. C’est leur territoire.
Votre intestin grêle, lui, devrait rester relativement pauvre en bactéries. Propre, fluide.
Or, chez certaines personnes, ce fragile équilibre se rompt.
Des bactéries migrent vers l’intestin grêle, s’y installent et fermentent les aliments avant même que vous ayez eu le temps d’absorber les nutriments.
C’est ce que l’on appelle le SIBO – Small Intestinal Bacterial Overgrowth – ou « pullulation bactérienne de l’intestin grêle ».
Et ce n’est pas anecdotique. On croyait jusqu’ici qu’il ne touchait qu’un nombre réduit de personnes ; il est aujourd’hui reconnu qu’un nombre plus important qu’on ne le croyait de personnes en souffrent… la plupart non diagnostiquées[3].
Aujourd’hui, des centaines d’études ont été publiées sur le sujet.
SIBO ou syndrome de l’intestin irritable ?
Les troubles digestifs liés au SIBO ressemblent beaucoup à ceux observés dans d’autres affections intestinales, notamment le syndrome du côlon irritable (SII).
Bien que ce diagnostic puisse être posé, il faut savoir que le SII est avant tout un diagnostic d’exclusion : il signifie surtout qu’aucune autre maladie n’a été identifiée lors des examens.
En réalité, cette appellation regroupe un ensemble de troubles digestifs inexpliqués.
Dans la pratique, différencier les symptômes du SIBO de ceux du SII est particulièrement complexe. De nombreuses études montrent d’ailleurs que ces deux pathologies se chevauchent fréquemment[4].
Selon les critères retenus, certains spécialistes estiment que jusqu’à 78 % des personnes diagnostiquées « côlon irritable » présenteraient en réalité une prolifération bactérienne de l’intestin grêle, qui pourrait même être à l’origine de leurs symptômes.
Des millions de personnes seraient donc concernées.
Comment savoir si vous avez un SIBO ?
À l’heure actuelle, le test respiratoire à la lactulose sur trois heures est considéré comme l’outil le plus fiable pour dépister un SIBO[5].
Il mesure les concentrations de deux gaz (l’hydrogène et le méthane) produits exclusivement par les bactéries intestinales. Une partie de ces gaz passe dans le sang, atteint les poumons puis est éliminée par l’haleine.
Le principe est simple : on ingère de la lactulose, un sucre synthétique, puis on mesure toutes les vingt minutes, pendant trois heures, les quantités d’hydrogène et de méthane expirées. Un consensus international a fixé les seuils évocateurs d’un SIBO à 20 parties par million (ppm) d’hydrogène et/ou 10 ppm de méthane[6].
Selon le gaz prédominant, les manifestations diffèrent :
- L’hydrogène est produit par les bactéries qui font fermenter les glucides. Il provoque une importante distension intestinale, responsable de ballonnements marqués et souvent de diarrhées.
- Le méthane est produit par des micro-organismes appelés archées, qui consomment l’hydrogène. Un excès de méthane entraîne généralement moins de ballonnements, mais ralentit le transit et favorise la constipation.
En France, ce test est principalement réalisé dans certains centres hospitaliers universitaires (CHU) disposant d’un service d’exploration fonctionnelle digestive et du matériel nécessaire.
Certains naturopathes, formés par le Dr Donatini, un pionnier de la lutte contre la dysbiose en France, effectuent le test des gaz expirés.
Les autres signes d’un SIBO
Un SIBO ne provoque pas seulement des ballonnements.
Il peut entraîner[7] :
- Des carences en fer
- Une carence en vitamine B12 (avec fatigue, dépression, troubles de mémoire)
- Une mauvaise absorption des graisses
- Des carences en vitamines A, D, E
- Une hyperperméabilité intestinale
Quand la muqueuse s’enflamme, elle laisse passer des molécules qui ne devraient jamais franchir la barrière intestinale.
Conséquence : inflammation chronique, réactions immunitaires, terrain propice aux maladies.
Les études ont même observé des liens entre la pullulation bactérienne et :
- Rosacée[8]
- Acné[9]
- Syndrome des jambes sans repos[10]
- Fibromyalgie[11]
- Maladie de Parkinson[12]
- Diabète de type 2[13]
Mais, à l’inverse, qu’est-ce qui peut provoquer un SIBO ?
Les potentielles causes multiples d’un SIBO
Plusieurs causes peuvent provoquer cette prolifération :
1. Les inhibiteurs de pompe à protons (IPP)
Ces médicaments anti-acidité diminuent la première barrière contre les bactéries. Leur usage prolongé augmente le risque de SIBO.
2. Une infection intestinale
Une gastro-entérite peut désactiver le « complexe migrant moteur », ce mécanisme de nettoyage naturel de l’intestin.
3. Le stress chronique
Le stress réduit l’acidité gastrique, freine le nettoyage intestinal et affaiblit l’immunité locale. Oui : votre charge mentale peut ralentir votre intestin.
4. Les antibiotiques répétés
Ils laissent des cicatrices dans le microbiote.
Solutions aux excès de flatulences
Il existe plusieurs stratégies pour réduire un SIBO, même non diagnostiqué, et donc des flatulences excessives :
1. L’alimentation pauvre en FODMAPs
Les FODMAPs sont des glucides fermentescibles.
Moins vous en apportez, moins les bactéries fermentent.
Le régime se fait en deux temps :
- Élimination stricte
- Réintroduction progressive
Cela ne guérit pas la cause, mais soulage les symptômes.
2. Les plantes antimicrobiennes
Certaines plantes ont montré une efficacité comparable à la rifaximine :
- Berbérine (3 à 5 g/jour)
- Neem (900 à 1800 mg/jour)
- Huile essentielle d’origan (150 à 200 mg/jour)
- Allicine (1 à 1,5 g/jour)
Le choix dépend du type de gaz prédominant (hydrogène ou méthane).
Ces cures durent généralement quatre semaines.
3. Relancer le nettoyage intestinal
C’est une clé majeure.
- Respecter 4 heures entre les repas
- Observer 12 heures de jeûne nocturne
- Gérer le stress
- Utiliser un prokinétique naturel comme le gingembre
Sans cela, les bactéries reviennent.
Portez-vous bien,
Rodolphe
[1] https://www.aufeminin.com/societe/je-pete-devant-mon-partenaire-est-ce-vraiment-tue-lamour-voici-ce-que-cela-dit-de-votre-relation-et-ca-va-vous-surprendre-2675316.html – Louise Gonzalez, « “Je pète devant mon partenaire, est-ce vraiment tue-l’amour ?” : voici ce que cela dit de votre relation », in Au Féminin, 14 novembre 2025
[2] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2590137025001268?via%3Dihub – Santiago Botasini, David Zhan, Norman Fischer et al, « Smart underwear : a novel wereable for long-term monitoring of gut microbial gas production via flatus », in Biosensors and Bioelectronics : X, vol. 27, décembre 2025
[3] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21960820/ – Andrew C Dukowicz, Brian E Lacy & Gary M Levine, « Small intestinal bacterial overgrowth : a comprehensive review », in Gastroenterol Hepatol, février 2007
[4] Posserud I, Stotzer PO, Björnsson ES, Abrahamsson H, Simrén M « Small intestinal bacterial overgrowth in patients with irritable bowel syndrome », in Gut, juin 2007 ; 56(6):802-8. Carrara M, Desideri S, Azzurro M, Bulighin GM, Di Piramo D, Lomonaco L, Adamo S « Small intestine bacterial overgrowth in patients with irritable bowel syndrome », in Eur Rev Med Pharmacol Sci, mai-juin 2008 ; 12(3):197-202. Sachdeva S, Rawat AK, Reddy RS, Puri AS « Small intestinal bacterial overgrowth (SIBO) in irritable bowel syndrome: frequency and predictors », in J Gastroenterol Hepatol, avril 2011 ; 26 Suppl 3():135-8
[5] Richard J. Saad and William D. Chey, « Breath Testing for Small Intestinal Bacterial Overgrowth: Maximizing Test Accuracy », in Clinical Gastroenterology and Hepatology, décembre 2014;1964–1972
[6] Rezaie A, Buresi M, Lembo A, Lin H, McCallum R, Rao S, Schmulson M, Valdovinos M, Zakko S9, Pimentel M « Hydrogen and Methane-Based Breath Testing in Gastrointestinal Disorders: The north American Consensus », in Am J Gastroenterol, mai 2017 ;112(5):775-784. doi: 10.1038/ajg.2017.46. Epub 21 mars 2017
[7] Murphy MF, Sourial nA, Burman JF, Doyle DV, Tabaqchali S, Mollin DL., « Megaloblastic anaemia due to vitamin B12 deficiency caused by small intestinal bacterial overgrowth: possible role of vitamin B12 analogues », in Br J Haematol, janvier 1986 ;62(1):7-12
[8] Agnoletti AF, « Etiopathogenesis of rosacea: a prospective study with a three-year follow-up », in G Ital Dermatol Venereol, octobre 2017 ;152(5) ;152(5) :418-423
[9] Bowe WP, Logan AC. « Acne vulgaris, probiotics and the gut-brain-skin axis – back to the future? », in Gut Pathog, mars 2011;(1):1. Published 31 janvier 2011. doi:10.1186/1757-4749-3-1
[10] Weinstock LB « Restless legs syndrome is associated with irritable bowel syndrome and small intestinal bacterial overgrowth », in Sleep Med., juin 2011;12(6):610-3
[11] Pimentel M, Wallace D, Hallegua D, et al « A link between irritable bowel syndrome and fibromyalgia may be related to findings on lactulose breath testing », in Annals of the Rheumatic Diseases, 2004; 63:450-452
[12] niz XL, « Prevalence of small intestinal bacterial overgrowth in chinese patients with Parkinson’sdisease », in J Neural Transm, décembre 2016 ;123(12) :1381-1386
[13] Rana SV, « Malabsorption, Oro cecal Transit Time and Small Intestinal Bacterial Overgrowth in Type 2 Diabetic Patients: A Connection », in Indian J Clin Biochem, mars 2017 ;32(1):84-89
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