Chers amis,
Regardez bien cette photo. Le week-end dernier, j’ai fait une randonnée dans les Alpes ; j’avais un bâton à la main… et un autre à la bouche :
Quelques personnes (mais pas ces vaches), me dirent : « j’ai cru que vous aviez un cigarillo éteint à la bouche ! »
Mais non : c’est un bâton de réglisse.
La réglisse est surtout connue sous forme de bonbon et ses bâtons (en fait les racines) sont connus pour leur effet de sevrage tabagique.
Si je randonne avec un bâton de réglisse dans le bec, ça n’est pas innocent : c’est une façon simple de profiter de quelques-uns des nombreux bienfaits de cette racine.
Un bâton dans les toux
La réglisse est l’une des plus anciennes plantes médicinales de l’histoire.
Les médecines traditionnelles grecque, romaine, chinoise et arabe l’utilisent depuis des millénaires pour soulager les maux de gorge, calmer la toux, protéger l’estomac ou redonner de l’énergie aux personnes fatiguées.
Aujourd’hui encore, la recherche scientifique confirme que cette racine renferme plusieurs centaines de molécules actives : une méta-analyse de 2015 a relevé – excusez du peu ! – « des propriétés antitumorales, antimicrobiennes, antivirales, anti-inflammatoires, immunorégulatrices et plusieurs autres activités contribuant à la récupération et à la protection des systèmes nerveux, digestif, respiratoire, endocrinien et cardiovasculaire.[1] »
C’est d’ailleurs ces derniers points qui m’intéressent particulièrement lorsque je pars marcher plusieurs heures.
Les longues randonnées, les repas pris sur le pouce, le café ou le stress du voyage peuvent irriter l’estomac.
La réglisse agit comme un véritable pansement naturel : elle stimule la production du mucus qui protège la paroi gastrique et favorise la réparation des cellules agressées.
Plusieurs essais cliniques ont même montré qu’en complément des traitements classiques contre les ulcères liés à Helicobacter pylori, elle pouvait améliorer la cicatrisation et contribuer à une meilleure élimination de la bactérie[2].
Mais ce n’est pas tout.
En mâchant lentement un bâton de réglisse pendant une marche, la salivation augmente, la bouche reste humide et la gorge est moins irritée.
Les chanteurs connaissent d’ailleurs cette propriété depuis longtemps : on disait déjà au Moyen Âge que la réglisse « éclaircissait la voix ».
Elle est également appréciée en hiver pour calmer les toux sèches ou les bronchites légères, grâce à son effet expectorant et adoucissant sur les voies respiratoires.
C’est donc littéralement une façon de vous mettre un bâton dans les toux !
Autre avantage : quand j’ai un bâton de réglisse dans la bouche en marchant, cela me « force » à respirer par le nez : quand on est en montée, on a en effet tendance à respirer par la bouche, ce qui n’est pas beaucoup plus efficace en réalité.
Or, comme vous le savez, l’oxygénation est meilleure quand on respire par le nez : quel que soit le bout par lequel on le prenne, le bâton de réglisse est donc une vraie baguette magique pour les voies respiratoires.
La racine contre les racines du mal
Certains composés de la réglisse semblent par ailleurs participer au contrôle de l’inflammation chronique et à la protection des cellules contre le stress oxydatif.
Des travaux récents explorent même son intérêt dans le domaine du métabolisme[3][4], de la santé cardiovasculaire ou encore de la ménopause[5].
Évidemment, comme souvent avec les plantes médicinales, « naturel » ne signifie pas « sans risque ».
La réglisse contient notamment de la glycyrrhizine, une substance qui, consommée en trop grande quantité ou pendant une période prolongée, peut augmenter la tension artérielle, favoriser la rétention d’eau et diminuer le taux de potassium dans le sang.
Les personnes souffrant d’hypertension artérielle, d’insuffisance rénale ou prenant certains traitements (diurétiques, corticoïdes, digitaliques notamment) doivent donc demander conseil à leur médecin avant d’en consommer régulièrement.
Pour un usage digestif prolongé, il existe d’ailleurs des extraits dits « déglycyrrhizinés », qui conservent une partie des bienfaits tout en limitant ces effets indésirables.
Si vous souhaitez profiter pleinement des vertus de la réglisse sans forcément avoir à en mâchouiller un bâton, plusieurs préparations sont possibles.
En infusion, comptez environ 50 g de racines pour un litre d’eau : laissez bouillir cinq minutes, puis infuser plusieurs heures (idéalement une nuit) avant de filtrer.
Pour soutenir l’organisme contre les virus, une décoction de racine en poudre (une demi à une cuillère à café pour 250 ml d’eau, portée à frémissement pendant une quinzaine de minutes) peut être consommée jusqu’à trois fois par jour.
La réglisse se marie également très bien avec d’autres plantes. Associée à la mélisse ou à la menthe, elle favorise une digestion plus confortable ; avec la vigne rouge, elle contribue au confort circulatoire ; et avec le mélilot, elle peut accompagner les femmes durant la ménopause.
En cas de bronchite, vous l’associerez au thym, à l’eucalyptus ou à l’hysope, tandis que le plantain lancéolé constitue un excellent complément pour apaiser les toux sèches, les irritations de la gorge ou les trachéites.
Quant à moi, je me contente de mâcher tranquillement mon morceau de racine au fil des sentiers.
Portez-vous bien,
Rodolphe
[1] Voir la source Rui Yang et al., « Les activités pharmacologiques de la réglisse », dans National Library of Medicine, le 14 septembre 2014
[2] Voir la source Marjan Rahnama et al., « Effet cicatrisant de la réglisse (Glycyrrhiza glabra) sur les ulcères peptiques infectés par Helicobacter pylori », dans National Library of Medicine, le 18 juin 2013
[3] Voir la source Hiroshi Kamisoyama et al., « Étude de l’action anti-obésité de l’huile de flavonoïdes de réglisse chez des rats obèses induits par l’alimentation », dans National Library of Medicine, le 23 décembre 2008
[4] Voir la source Yuji Tominaga et al., « L’huile de flavonoïdes de réglisse réduit la masse grasse totale et la graisse viscérale chez les sujets en surpoids : une étude randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo », dans National Library of Medicine, le 3 août 2009
[5] Voir la source Dalia Somjen et al., « Activité oestrogénique des constituants de la racine de réglisse : la glabridine et le glabrène, dans les tissus vasculaires in vitro et in vivo » dans National Library of Medicine, juillet 2004
