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Alimentation22 juillet 202610 min9 vues
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Clouez le bec au dragon dans votre ventre en 3 étapes

Rodolphe Bacquet 22 juillet 2026

Chers amis,

Si régulièrement vous éprouvez une sensation de feu qui remonte jusque dans la poitrine, la persistance d’un goût acide au fond de la gorge et l’impression que votre repas refuse obstinément de descendre, alors vous faites partie du tiers des adultes souffrant du RGO, ou reflux gastro-œsophagien.

Pour certains, il ne s’agit que d’un désagrément occasionnel. Pour d’autres, c’est devenu un compagnon quotidien, qui transforme chaque repas en source d’appréhension, et dont les douleurs peuvent s’étendre jusqu’aux mâchoires et aux épaules, et provoquer un sommeil déplorable.

Si vous en souffrez, votre réflexe consiste peut-être à prendre un médicament destiné à diminuer l’acidité gastrique, les fameux IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) ; le problème est que ces médicaments anti-acidité diminuent la première barrière contre les bactéries, et que leur usage prolongé augmente le risque de problèmes chroniques – je vais y revenir.

Il est possible d’y remédier de façon plus simple et plus naturelle ; encore faut-il savoir que derrière des symptômes identiques peuvent se cacher des mécanismes très différents.

L’acide, de Corneille

L’acide, c’est comme Le Cid de Corneille. Vous devriez lui dire : « Va, je ne te hais point ».

Nous avons en effet tendance à considérer l’acide gastrique comme un ennemi. Pourtant, sans lui, aucune digestion correcte ne serait possible.

L’acide chlorhydrique permet de dégrader les protéines, d’activer plusieurs enzymes digestives, de faciliter l’absorption de nombreux nutriments et de limiter la prolifération de certains micro-organismes.

Autrement dit, votre estomac est censé être… acide.

Très acide, même !

Le véritable problème survient lorsque ce contenu acide remonte vers l’œsophage, dont la muqueuse n’est absolument pas conçue pour y résister.

La brûlure que vous ressentez est alors bien réelle.

Mais cela ne signifie pas forcément que votre estomac fabrique « trop » d’acide.

Depuis plusieurs années, certains cliniciens défendent une idée contre-intuitive.

Selon eux, une partie des reflux ne serait pas liée à une hyperacidité, mais à une digestion trop lente.

Lorsque l’estomac fonctionne au ralenti, les aliments stagnent davantage. Ils fermentent, produisent des gaz et augmentent la pression à l’intérieur de l’estomac. Cette pression finit par forcer l’ouverture du sphincter situé entre l’estomac et l’œsophage, favorisant les remontées.

Cette thèse, exposée par le Dr Jonathan Wright il y a (déjà) un quart de siècle, ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique.

Selon son hypothèse, le reflux serait donc moins la conséquence d’un excès d’acidité que d’une digestion insuffisamment efficace, liée à une production déficiente de sucs digestifs et à un manque de tonicité des muscles qui assurent la progression des aliments dans le tube digestif[1].

En revanche, un point fait consensus : le reflux est une maladie multifactorielle.

Il peut être favorisé par un surpoids, une hernie hiatale, certains médicaments, le tabac, des repas trop abondants, l’alcool, ou encore une alimentation qui favorise les fermentations.

Dans le cas de la hernie hiatale, une partie de l’estomac remonte au travers du diaphragme, ce qui favorise les reflux. Certaines techniques manuelles, pratiquées par des ostéopathes expérimentés, peuvent parfois contribuer à améliorer le confort de certains patients, en complément d’une prise en charge médicale adaptée.

Autrement dit, il n’existe pas « un » reflux, mais des reflux.

Et c’est une excellente nouvelle.

Car cela signifie que vous disposez de plusieurs leviers d’action. Voici un plan en trois étapes.

Première étape : calmez le feu

Lorsque les brûlures sont installées, la priorité consiste à protéger la muqueuse agressée.

Certaines plantes agissent un peu comme un pansement végétal :                                                                                                                                    

  • Le souci, surtout connu pour ses propriétés cicatrisantes sur la peau, exerce par ses fleurs une action comparable sur les muqueuses digestives. Riches en flavonoïdes, caroténoïdes et saponines triterpéniques, elles contribuent à apaiser l’inflammation tout en favorisant la réparation des tissus irrités. En teinture mère, les capitules entiers sont généralement préférés aux seuls pétales, car ils renferment une plus grande richesse en principes actifs.
  • L’aloe vera, lorsqu’il est utilisé sous forme de gel de bonne qualité, forme une couche protectrice sur les muqueuses digestives ;
  • Le plantain lancéolé possède lui aussi des propriétés adoucissantes intéressantes ;
  • La camomille allemande aide à calmer l’inflammation tout en réduisant les spasmes digestifs.

Quant à la réglisse, dont je vous parlais dimanche dernier, elle favorise la protection de la muqueuse gastrique. Elle doit cependant être évitée, je le répète, chez les personnes souffrant d’hypertension lorsqu’elle contient encore sa glycyrrhizine.

Ces plantes ne remplacent évidemment pas un avis médical lorsque les symptômes persistent, mais elles peuvent constituer un soutien précieux :

(NB : toutes les recommandations en herboristerie viennent de notre rubrique dédiée dans la revue Alternatif Bien-être)

Deuxième étape : remettez votre digestion en mouvement

Chez certaines personnes, le véritable problème commence… dès la première bouchée.

Si vous mangez vite, mâchez peu, prenez vos repas devant votre TV ou en consultant votre téléphone, votre système digestif fonctionne alors en mode économie d’énergie.

Avant même de penser aux compléments alimentaires, quelques habitudes peuvent profondément modifier la digestion : mangez lentement, mastiquez jusqu’à obtenir une véritable bouillie, évitez les repas démesurés, dînez au moins trois heures avant le coucher et marchez dix à quinze minutes après le repas.

Si votre praticien estime qu’une digestion paresseuse est en cause, certaines plantes amères, comme la gentiane, peuvent également être envisagées afin de stimuler progressivement les sécrétions digestives.

Elles ne conviennent toutefois pas à toutes les situations, notamment en cas d’ulcère ou pendant un traitement destiné à bloquer l’acidité.

Troisième étape : réduisez les fermentations

Le café, le chocolat ou les épices peuvent effectivement aggraver les symptômes chez certaines personnes, mais ils ne sont pas toujours les véritables responsables d’un RGO.

Chez beaucoup de patients, ce sont surtout les repas très volumineux et les fermentations intestinales qui entretiennent le cercle vicieux.

Un carnet alimentaire tenu pendant deux ou trois semaines permet souvent d’identifier les véritables déclencheurs.

Vous découvrirez peut-être que ce n’est pas forcément le café du matin qui vous pose problème, mais des repas trop copieux et trop tardifs, et/ou avalés en dix minutes.

Certaines personnes constatent également une amélioration en réduisant temporairement les aliments qui fermentent le plus facilement ou en utilisant, après le repas, des graines digestives comme le fenouil, l’anis ou le carvi.

Note importante sur les IPP

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) rendent de grands services lorsqu’ils sont bien indiqués.

Ils permettent notamment de cicatriser certaines lésions de l’œsophage.

Ils procurent généralement un soulagement rapide : puisque le contenu gastrique devient moins acide, les remontées brûlent moins lorsqu’elles atteignent l’œsophage.

Mais l’utilisation prolongée des IPP est aujourd’hui associée à plusieurs effets indésirables potentiels. Des études ont notamment mis en évidence une augmentation du risque :

  • de carences en certaines vitamines (notamment C et B12) et en minéraux essentiels comme le calcium, le fer ou le magnésium[2] ;
  • d’infections respiratoires telles que la pneumonie[3] ;
  • de diarrhées liées à une infection par Clostridium difficile, une bactérie particulièrement résistante et agressive[4] ;
  • d’ostéoporose[5] ;
  • de polypes gastriques[6].

Cela ne signifie pas qu’il faille interrompre brutalement un traitement par IPP : un arrêt précipité peut au contraire provoquer une recrudescence importante des symptômes.

Le sevrage doit donc toujours être progressif et encadré par un professionnel de santé, avec une diminution des doses au fil des semaines.

Pourquoi cette précaution ? Parce qu’en réponse au blocage prolongé de la production d’acide, l’estomac s’adapte en augmentant le nombre et l’activité de ses cellules pariétales, celles qui fabriquent l’acide chlorhydrique. En quelque sorte, les IPP poussent l’estomac à fonctionner en surrégime.

Lorsqu’on arrête brutalement le traitement, cet estomac devenu temporairement « hyperactif » peut produire un excès d’acidité et déclencher un rebond du reflux, parfois plus intense qu’avant le traitement.

Quelques réflexes simples

Avant de modifier toute votre alimentation et/ou de vous faire prescrire des IPP, essayez déjà ceci :

  • Évitez de vous allonger dans les deux ou trois heures qui suivent le dîner.
  • Si les brûlures surviennent surtout la nuit, surélevez la tête du lit de quelques centimètres.
  • Portez des vêtements qui ne compriment pas fortement l’abdomen.
  • Si vous êtes en surpoids, une perte même modeste peut réduire nettement la fréquence des reflux.

Si vous souhaitez prendre en main votre santé intestinale et vous éviter, ou résoudre, d’autres problématiques comme celles du Syndrome de l’intestin irritable, je vous recommande de regarder mon entretien avec ce gastro-entérologue reconnu :

Portes-vous bien,

Rodolphe


[1] Voir la source Jonathan V. Wright, Pourquoi l’acide gastrique est bon pour vous : un soulagement naturel des brûlures d’estomac, des indigestions, des reflux et du RGO , publié en 2001

[2] Voir la source Joel J. « Inhibiteurs de la pompe à protons et risque de carence en vitamines et minéraux : données probantes et implications cliniques », dans National Library of Medicine, le 4 juin 2013

[3] Voir la source Alexander L. Fohl , « Pneumonie associée aux inhibiteurs de la pompe à protons : un soulagement mitigé ? », dans National Library of Medicine, le 6 juin 2011

[4] Voir la source R. Cunningham et al., « L’utilisation excessive d’inhibiteurs de la pompe à protons alimente-t-elle l’épidémie actuelle de diarrhée associée à Clostridium difficile ? », dans National Library of Medicine, le 7 septembre 2008

[5] Voir la source BN Andersen et al., « Inhibiteurs de la pompe à protons et ostéoporose », dans National Library of Medicine, le 28 juillet 2016

[6] Voir la source Cats A et al., « Protrusions des cellules pariétales et kystes des glandes fundiques pendant le traitement d’entretien par oméprazole », dans National Library of Medicine, juin 2000

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