Chers amis,
Ça y est, le MV Hondius est rentré à son port d’attache, Rotterdam aux Pays-Bas, ce lundi[1].
Vous avez sans doute suivi, comme moi, le feuilleton du cluster d’hantavirus qui s’est déclaré à bord de ce navire de croisière ; feuilleton qui, pour ma part, m’a davantage rappelé un roman ou un scénario de film de la fin du siècle dernier, que le coronavirus.
La crainte d’une nouvelle pandémie façon SARS-CoV-2 n’a en effet pas fait long feu, malgré la narration dramatique opérée initialement par plusieurs médias en mode « ça y est, ça recommence ».
Ce changement de registre n’est pas anodin ; il me paraît surtout éloquent pour la suite.
Si vous avez raté les épisodes précédents
Maintenant que la séquence « croisière » de cette épidémie flottante de hantavirus s’achève, je vous propose de revenir rapidement sur les épisodes précédents, si vous les avez manqués.
1er avril (ça ne s’invente pas) : le MV Hondius, un navire de croisière battant pavillon néerlandais, quitte Ushuaïa (Argentine) pour une traversée de l’Atlantique Sud avec environ 150 passagers et membres d’équipage de 23 nationalités.
6 avril : un passager néerlandais développe une forte fièvre, des douleurs abdominales, des céphalées et une diarrhée[2].
11 avril : le patient décède ; son décès est initialement attribué à une cause naturelle ou à une infection respiratoire classique. Mais à ce moment, d’autres contaminations ont déjà eu lieu.
24 avril : le Hondius fait escale à Sainte-Hélène. Une trentaine de passagers débarquent. Le corps du « patient zéro » de cette épidémie est évacué. Son épouse, malade, est transportée vers Johannesburg. Cette étape devient ensuite cruciale dans la reconstitution de la chaîne de transmission.
26 avril : l’épouse du premier cas meurt à Johannesburg après aggravation respiratoire sévère. Les médecins commencent à envisager une infection rare, d’autant que plusieurs passagers développent de la fièvre, une détresse respiratoire et des symptômes pulmonaires graves.
C’est à ce moment-là que des médecins remarquent une similarité avec le virus Andes, une forme particulière d’hantavirus sud-américain capable de transmission interhumaine limitée.
C’est le 2 mai que l’OMS est officiellement informée d’un cluster inhabituel de maladie respiratoire sévère à bord. Le séquençage confirme progressivement la présence du virus Andes (ANDV).
Cette date marque le début officiel de la gestion internationale de crise, et de sa « couverture » par les médias.
Panique à bord (et au port)
Entre le 3 et le 6 mai, l’affaire prend une ampleur internationale : plusieurs décès sont signalés, les médias relaient largement la situation et le navire peine à obtenir l’autorisation de débarquer dans différents ports.
Le 5 mai, des laboratoires européens, notamment les Hôpitaux universitaires de Genève, confirment génétiquement l’identité de la souche virale.
Dans les jours suivants, le CDC américain, l’ECDC européen et l’OMS coordonnent des mesures de quarantaine, de traçage des contacts et de surveillance sanitaire internationale.
Le 8 mai, les autorités américaines recensent plusieurs cas confirmés et trois décès, tout en estimant que le risque pour la population générale reste faible.
Le 10 mai, le navire atteint finalement Tenerife, où les passagers sont évacués sous protocole sanitaire strict.
Entre le 11 et le 13 mai, plusieurs pays européens et nord-américains renforcent leur surveillance après le retour des voyageurs exposés. Le 13 mai, l’OMS considère que le cluster semble contenu, malgré l’éventualité de nouveaux cas secondaires.
Enfin, lundi 18 mai, le Hondius regagne Rotterdam sous contrôle sanitaire renforcé, marquant la phase finale de gestion active de cette crise épidémiologique. Sur les 150 passagers de départ, il n’en reste plus que 27[3].
Le virus que personne n’attendait
D’abord, une question mérite d’être posée : comment une telle épidémie a-t-elle pu surprendre à ce point les autorités sanitaires internationales ?
Tout le monde semble avoir été pris de court : les médias, certes, mais aussi les scientifiques, et l’OMS.
Or, les hantavirus ne sont pas inconnus.
Ils circulent depuis longtemps dans plusieurs régions du monde, notamment en Amérique du Sud.
Le virus Andes, identifié au Chili et en Argentine dans les années 1990, était même déjà célèbre dans les milieux spécialisés pour une raison très particulière : contrairement à la plupart des hantavirus, il peut se transmettre d’humain à humain.
Mais précisément, cette transmission interhumaine était considérée comme rare, limitée et difficile à maintenir. Les flambées observées jusque-là concernaient surtout des clusters familiaux ou hospitaliers relativement restreints.
Rien qui évoque une dynamique pandémique comparable aux virus respiratoires classiques.
En réalité, le scénario du Hondius cumulait plusieurs « ficelles » qui me le font comparer, je le disais, à un roman ou un film de la fin du siècle dernier, tel qu’un Michael Crichton aurait pu l’écrire.
D’abord, l’environnement même de la croisière : promiscuité prolongée, espaces fermés, brassage international, circulation continue des passagers et de l’équipage.
Autrement dit, toutes les conditions idéales pour amplifier une transmission inhabituelle.
Ensuite, les premiers symptômes ont fortement brouillé les pistes.
Fièvre, troubles digestifs, fatigue, détresse respiratoire : au départ, rien ne distinguait clairement cette infection d’une grippe sévère, d’une pneumonie atypique ou même d’une gastro-entérite virale compliquée.
Le premier décès a d’ailleurs été attribué à une cause lambda.
Enfin, les systèmes de surveillance mondiaux restent largement calibrés pour détecter certains profils d’agents pathogènes : grippe aviaire, coronavirus, virus hémorragiques, ou pathogènes à fort potentiel respiratoire connu.
Les hantavirus, eux, appartenaient davantage à la catégorie des menaces « exotiques », localisées, mineures et relativement stables ; d’autant qu’il faut apparemment, pour que le virus « saute » la barrière inter-espèces, être en contact prolongé avec des rongeurs (principaux porteurs de l’hantavirus) ou leurs excréments !
Bref, ces virus n’étaient pas au centre de l’attention stratégique internationale.
Autrement dit, ce n’est pas tant que personne ne connaissait l’hantavirus : c’est que presque personne n’imaginait qu’il puisse un jour se retrouver dans les conditions lui permettant de déclencher un événement sanitaire mondialement médiatisé.
Mais ce qui me frappe le plus dans cette affaire, c’est sans doute la différence de traitement avec les débuts du coronavirus en 2020.
Surprise : tout le monde (ou presque) garde son calme
Car malgré l’emballement médiatique initial, les autorités sanitaires ont très rapidement adopté un ton beaucoup plus mesuré.
Là où le SARS-CoV-2 avait provoqué, en quelques semaines, une sidération mondiale suivie de mesures massives, excessives et souvent aussi irrationnelles qu’improvisées, l’épisode du Hondius a été géré avec une relative froideur clinique.
Plusieurs raisons expliquent cette différence selon moi.
La première est scientifique. Contrairement au coronavirus émergent de 2020, le virus Andes était déjà connu, documenté, séquencé. Sa létalité est élevée, certes – les décès parmi les premiers cas le prouvent – mais sa contagiosité est en réalité très faible et nécessite des contacts rapprochés prolongés… comme lorsqu’on est confiné pendant plusieurs semaines sur un bateau de croisière…
Nous ne sommes donc pas face à un virus capable de se diffuser silencieusement dans toute une population via des transmissions asymptomatiques massives.
La deuxième raison est institutionnelle. Depuis le Covid, les systèmes sanitaires disposent désormais de protocoles de crise bien rodés : séquençage rapide, coordination entre OMS et laboratoires nationaux, traçage numérique, modélisation épidémiologique en temps réel, communication harmonisée.
Or, j’ai presque envie d’écrire que le séquençage et ce que nous savons de ce virus font que personne, aujourd’hui, ne voit dans cet hantavirus un candidat crédible à un pathogène justifiant un nouveau cirque mondial à base de fermeture de frontière, de diffusion à vitesse grand V d’un « vaccin » expérimental et de mise en place d’une politique de pass sanitaire.
C’est un virus rare pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique ; il contraint les autorités d’une vingtaine de pays à placer les cas suspects et contacts sous surveillance, mais selon l’OMS le risque de contagion globale reste « faible »[4].
D’après Le Monde, toutefois, la recherche internationale « se mobilise face à la souche des Andes » pour trouver un traitement et/ou un vaccin[5]. Mais il me paraît peu probable que ce vaccin, s’il est développé et mis sur le marché, fasse la fortune de son laboratoire concepteur : il restera a priori un vaccin « niche ».
S’il se déploie un jour à grande échelle, ce sera davantage sous l’effet d’une propagande pharmaceutique exagérément alarmiste qu’au nom d’un quelconque intérêt sanitaire public.
Enfin, il existe aussi une dimension psychologique et politique.
Ménager les troupes
En 2020, les gouvernements avaient été accusés d’avoir réagi à la fois trop tard, et ensuite excessivement.
Depuis, le coût économique, social et politique des confinements massifs a profondément marqué les décideurs.
Le grand public lui-même, j’aime à le croire, est beaucoup plus soupçonneux, méfiant, à l’égard d’une nouvelle et putative « pandémie » d’origine exotique qui servirait de prétexte à des mesures liberticides et somme toute irrationnelles.
Les autorités savent désormais qu’une communication alarmiste peut produire des effets considérables sur les marchés, les déplacements internationaux et la stabilité sociale, et avoir un effet contre-productif.
On a donc observé, au sujet de l’hantavirus, une stratégie presque inverse : reconnaître rapidement le problème, afficher une transparence scientifique maximale et « rassuriste », en évitant à tout prix le narratif d’une catastrophe mondiale imminente.
C’est probablement pour cela que cette crise ressemble davantage à un thriller sanitaire contenu qu’au début d’une nouvelle pandémie globale.
Et c’est peut-être précisément parce que le monde a connu le Covid que l’épisode du Hondius n’a pas dégénéré de la même manière… tout en démontrant que les médias sont prêts à démarrer au quart de tour pour « informer » sur une putative nouvelle crise sanitaire.
Je vois, là, le signe d’une fébrilité médiatique sur les sujets sanitaires toujours prête à être rallumée ; Dieu merci, la séquence de l’hantavirus démontre que le fléau de la peur (véritable raison du caractère irrationnel des mesures anti-Covid et leur acceptation aveugle par la majorité de la population) n’est, pour le moment du moins, plus si facile à répandre.
Vous pouvez me donner votre avis sur cette question en commentaire.
Portez-vous bien,
Rodolphe
[1] Voir la source – « Hantavirus : le MV Hondius est arrivé aux Pays-Bas avec 27 passagers », in Le Figaro, 18 mai 2026
[2] Voir la source – Gustavo Palacios, « Preliminary analysis of Orthohantavirus andesense virus sequences from a cruise-ship related cluster, May 2026 », in Virological, 11 mai 2026
[3] Voir la source – « Hantavirus : le MV Hondius est arrivé aux Pays-Bas avec 27 passagers », in. Le Figaro, 18 mai 2026
[4] Voir la source – « L’OMS maintient son évaluation de l’hantavirus en “risque faible” », in RTS, 18 mai 2026
[5] Voir la source – Laure Belot, Nathaniel Herzberg, David Larousserie & Pascale Santi, « Hantavirus : comment la recherche se mobilise face à la souche des Andes », in Le Monde, 18 mai 2026
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