Chers amis,
La fatigue, c’est comme les travaux : on sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça se termine.
Et ça peut être parfois très long.
Pour moi, cette rentrée est éprouvante : il y a la fatigue accumulée depuis plusieurs mois – mes vacances, très courtes, n’ont pas été reposantes, mais ça, ça me concerne – et il y a aussi la fatigue anticipée des mois à venir – et ça, ça vous concerne sans doute aussi.
Éprouvez-vous ce symptôme chaque matin ?
Si vous vous sentez épuisé dès le matin, après avoir allumé votre radio et appris qu’une nouvelle attaque en Ukraine a fait X morts, que le plan de paix n°43 entre l’Iran et les USA est en péril, que le bilan de la coulée de boue au Tibet et au Népal s’est encore aggravé, que Dolly Parton ou le roi de Norvège sont morts…
… alors vous souffrez de ce que l’on appelle la fatigue informationnelle, c’est-à-dire d’une forme de saturation mentale, quotidienne, de l’exposition aux infos.
Dans un rapport de 2022, la fondation Jean-Jaurès concluait que plus de la moitié des Français (53 %) souffraient de cette fatigue informationnelle, qui provoque stress, anxiété et découragement, et qui pousse 77 % (!!) de nos compatriotes à limiter ou cesser de s’informer[1].
77% !! C’est plus de trois Français sur quatre !!
Autant dire que cette fatigue informationnelle est non seulement devenue la norme, mais un problème de santé publique !
Or ces derniers mois ont encore aggravé ce phénomène depuis 2022.
D’abord, l’information elle-même semble inscrite dans un cycle de répétition sans fin.
2022, c’est aussi l’année du début de la guerre en Ukraine. Depuis, on y a le droit chaque jour.
Et puis, il y a eu Donald Trump qui, depuis la campagne de sa réélection en 2024, « fait » littéralement chaque jour l’actualité.
Il y a, de façon plus pernicieuse, le déferlement dans notre quotidien des infos, des vidéos et des visuels générés par IA, qui depuis plusieurs mois ajoutent à cette saturation d’information, une saturation de contenus médiocres.
C’est que le début, d’accord, d’accord
Ainsi, je ne sais pas si vous avez, comme moi, remarqué que la moindre brocante, au moins un restaurant sur deux, et l’écrasante majorité des « évènements » font désormais leur communication en IA en produisant notamment des affiches d’une laideur et d’une illisibilité certaines.
Nous nous sommes plusieurs fois fait la remarque de cette prolifération sidérante, ma compagne et moi, au cours de l’été ; il y a quelques jours un papier dans Libération[2] se faisait lui aussi l’écho de ce phénomène, qui suscite une nausée croissante :

« Que de laideur ! » commente l’auteur de ce billet.
Et que de fatigue.
Le pire, c’est que ça ne fait que commencer.
Comme disait le chanteur, « c’est que le début, d’accord, d’accord ».
Neuf mois, c’est long
Cette fatigue informationnelle, répétitive, quotidienne, est en effet aggravée par une autre forme de fatigue, que j’appelle moi la fatigue anticipative.
Une fatigue provoquée par ce que l’on sait très bien avoir à subir dans le futur, et pour une longue période.
Je vous donne un exemple dans lequel vous vous reconnaîtrez peut-être : l’élection présidentielle française, qui aura lieu en avril et mai prochains.
Nous sommes, à l’heure où je vous écris et où (en principe) vous me lisez, encore en août, soit neuf mois avant ladite élection.
Et pourtant, il ne se passe pas un jour ou presque sans qu’un nouveau candidat ne se déclare. On est déjà à plus d’une trentaine. On se croirait déjà en automne : ils poussent comme des champignons !!
(Attention, car l’automne est aussi la saison de la chasse. Prudence.)
Et plus ces candidats sont nombreux, plus ils gesticulent pour faire parler d’eux.
Et les médias suivent.
C’est de l’actualité artificiellement et auto-alimentée, qui en plus de monopoliser la ligne, relègue au second plan d’autres problèmes qui exigent des solutions rapides – comme le sort des paysans, et la pénurie à venir de fruits et légumes.
Pour ma part, je n’en peux déjà plus d’entendre parler à longueur de temps de Jean-Luc Mélenchon, de Raphaël Glucksmann, des deux Marine, la Tondelier et la Le Pen, de Bruno Retailleau, etc., etc. « C’est que le début, d’accord, d’accord. »
Comme les affiches IA, ils sont partout, tout le temps ; impossible d’y échapper.
Je n’appelle pas ça un débat démocratique mais une prise en otage mentale.
C’est un cauchemar ! Et on en a pour neuf mois de ce régime !
Ça me fatigue.
Alors, quoi ? Faut-il nécessairement tout couper, radio, télévision, téléphone, pour échapper à ce matraquage ? Essayer de trouver une « zone blanche », où les télécoms ne passent pas (mais il y en a de moins en moins) ? S’exiler en Patagonie ?
J’ai pensé à autre chose.
Il n’y a pas un seul et unique remède à la fatigue
Cette fatigue dont je vous parle aujourd’hui, la fatigue informationnelle, et la fatigue anticipative, ne sont qu’une fatigue parmi d’autres.
Vous le savez comme moi : il n’y a pas qu’une seule fatigue.
Il y a la fatigue mentale, comme celle-ci, mais aussi la fatigue nerveuse, la fatigue physique, et même la fatigue spirituelle.
Et dans toutes ces fatigues, il y a encore des nuances déterminantes.
Vous n’éprouvez pas la même fatigue, c’est évident, en fonction de votre âge, ni de si vous êtes un homme ou une femme.
Plus subtil encore, en fonction de l’heure de la journée, votre fatigue n’est pas la même.
Portez-vous bien,
Rodolphe
[1] Voir la source Guénaëlle Gault et David Medioni, « Les Français et la fatigue informationnelle. Mutations et tensions dans notre rapport à l’information. », Fondation Jean Jaurès, le 1er septembre 2022.
[2] Libération, Édition du jeudi 27 août 2026