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Anti-stressBien-êtreCerveau3 mai 202611 min288 vues
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Si vous avez déjà connu l’extase

Rodolphe Bacquet 3 mai 2026

Chers amis,

Si vous avez déjà connu une extase, il est certain que cette expérience vous a marqué dans ses moindres détails.

Je ne vous parle pas ici d’une forte expérience de plaisir ni d’un simple orgasme, auxquels le galvaudage du terme la réduit communément.

Non, je vous parle bien d’extase mystique, une expérience transformationnelle et bouleversante, à la fois plus commune que l’on ne le croit à l’échelle de l’humanité – je vais y revenir – et exceptionnelle (en principe) à l’échelle d’une simple vie.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est que l’extase a, bien évidemment, un rapport étroit avec la santé – et pas que la santé mentale !

Mais, pour comprendre ce rôle, il faut d’abord gratter le vernis qui la rend au premier abord inaccessible au commun des mortels.

Les extases mystiques les plus célèbres, en tout cas chez nous, sont celles rapportées par la religion catholique, et en premier lieu celle de Sainte Thérèse d’Avila, littéralement gravée dans le marbre par Le Bernin dans une stupéfiante sculpture :

La représentation de cette expérience mystique célèbre, appelée « transverbération », est visible dans la chapelle Cornaro de l’église Santa Maria della Vittoria, à Rome.

Au-delà de la représentation baroque des rayons dorés divins et de l’ange tenant la flèche s’apprêtant à transpercer le cœur de Sainte-Thérèse, c’est l’expression de celle-ci qui est frappante ; une expression – à mes yeux – au-delà de la joie et de la douleur, et qui traduit « l’état second » provoqué par l’extase, c’est-à-dire en fin de compte l’accès à ce que l’on appellerait aujourd’hui un état modifié de conscience.

Si les extases les plus célèbres sont rapportées par la religion, c’est parce qu’elles rendent compte d’une rencontre voire d’une « fusion » avec le divin…

… quelle que soit l’interprétation qu’on en fasse !

Car l’extase mystique a touché aussi bien catholiques (Saint Jean de la Croix, Hildegarde de Bingen, Maître Eckhart…) que juifs et musulmans (en particulier dans la tradition soufie, à l’instar de Rumi), et peut même considérée comme étant à la source du bouddhisme.

Or il n’y a pas une « extase catholique » d’un côté comme une « extase musulmane » ou une « extase bouddhiste » de l’autre.

Pour une raison très simple : l’écrasante majorité des personnes qui vivent une telle extase confessent le caractère indescriptible, par des mots ordinaires, de cette expérience.

La « couleur » religieuse appliquée à cette expérience serait, en fin de compte, une tentative de l’interpréter et de la traduire en fonction de la culture religieuse qui entoure (dans le cas d’une conversion) ou qui habite déjà celle ou celui qui la vit.

Dans un livre remarquable, La Mystique sauvage, Michel Hulin a, il y a quelques années, voulu rapporter ce que l’expérience de l’extase, dépouillée de son discours confessionnel, a d’universel, au-delà des récits des grands mystiques religieux qui l’ont en quelque sorte accaparée[1].

L’expérience universelle de l’extase

L’expérience de l’extase mystique présente, comme l’expérience de mort imminente (EMI), des « constantes » que l’on retrouve d’un témoignage à l’autre, et qui atteste d’une forme d’universalité à la fois du message, et de l’état, qu’elle procure.

Il y a, tout d’abord, le caractère banal, imprévisible et impromptu de la survenue de cette expérience

Cela peut se produire à un moment où vous êtes assis à votre fenêtre à contempler votre jardin, une tasse de thé à la main, ou en train de vous promener sur la plage ou sur un chemin de campagne.

Michel Hulin, dans son livre, rapporte des dizaines de témoignages de l’irruption de tels moments transcendants à un moment parfaitement incongru. Il évoque par exemple comment un enfant de six ans, en Inde au milieu du XIXème siècle, tomba évanoui d’extase alors qu’il marchait entre des rizières, en apercevant un vol de grues sauvages dans un ciel d’orage ; cet enfant serait connu plus tard sous le nom de Ramakrishna[2].

D’autres témoignages directs évoquent pour point de départ l’observation des lumières de la rue par la fenêtre, un trajet en fiacre ou même l’observation de la perspective du Champ-de-Mars, à Paris !

Il y a, ensuite, parmi les constantes de cette expérience, un « effacement plus ou moins complet de la frontière séparant l’intérieur de l’extérieur, le Moi du non-Moi (…) Tantôt, l’extérieur est comme absorbé dans l’intérieur. Le Moi devient quelque chose comme une immense bulle de lumière à l’intérieur de laquelle se déploie le paysage du monde avec la diversité infinie des scènes qui s’y jouent. (…)Tantôt, au contraire, l’intérieur paraît se dissoudre dans l’extérieur.[3] »

Cette conscience de faire partie d’un grand tout, d’une appartenance complète à un ensemble plus grand que soi qui nous englobe, est souvent décrite dans les extases religieuses comme l’union totale avec le Divin ou de dissolution de l’Être dans le divin[4].

Ces extases abolissent la perception « normale » du temps : « Presque toutes les expériences dont nous faisons état ici impliquent, sous une forme ou sous une autre, un dépassement du temps, du moins du temps tel qu’il est ordinairement vécu »[5]

Il y a, enfin, non seulement la prise de conscience que le salut et la vie éternelle existent, mais qu’ils sont déjà acquis : « La note dominante est celle d’un retour au Fondement (…). Elle va dans le sens d’une identification du Bien et du Réel et s’accompagne de la certitude que le « salut » est déjà là, déjà obtenu, à la fois pour soi-même et pour tous les hommes, voire pour tous les vivants »[6].

Les « expérienceurs », pour reprendre un terme employé pour les EMI, ressortent de l’extase mystique avec un sentiment profond d’apaisement, de paix, de prise de conscience voire, parfois, d’un changement de personnalité qui intrigue les proches.

Des changements radicaux, des décisions sans retour, peuvent se produire–une séparation, ou au contraire, une union, un virage professionnel, une conversion religieuse, et qui se font dans le sillage d’un « accord » à établir entre l’illumination spirituelle et l’incarnation terrestre.

Aucune drogue pour y parvenir

Face à une expérience aussi puissante et transformatrice, il serait tentant d’user d’expédients pour parvenir, de façon contrôlée, à une telle extase.

Michel Hulin consacre de longues pages détaillées aux drogues souvent utilisées pour (tenter de) parvenir à de tels états modifiés de conscience.

Il existe, dit-il, quelques expériences de drogue réussies ou positives, notamment celles menées à partir des années 1960 aux États-Unis avec le LSD, qui peuvent donner à certaines personnes l’impression de gagner le « nirvana » :

« À cette impression de sérénité transcendante s’associent spontanément des sentiments à visée universaliste : perception obscure d’une unité profonde dans le cosmos, d’une interdépendance essentielle des êtres vivants en dépit de leur dispersion à travers l’espace et à travers le temps, idée que tous sont bons à la racine et, d’une certaine manière, sauvés » [7].

Cependant, ces expériences « réussies », dont la « leçon » semble proche de l’extase, sont l’exception, et non la règle ; et surtout, leur effet reste dépendant de la drogue, quand la « leçon » extatique paraît plus ancrée.

La drogue, sous ce rapport, ressemble donc à un miroir aux alouettes, mais dont le prix à payer est élevé : il note que le haschich, par exemple, procure une impression d’envol et de chute[8], quand l’opium provoque un sentiment de gouffre[9] :

« De tout cela il ressort clairement que, dans la drogue comme ailleurs, une justice immanente est à l’œuvre. Les sensations inouïes qu’elle procure dans un premier temps ou bien s’émoussent par la répétition ou bien cristallisent tôt ou tard en figures d’horreur. Celui qui s’engage sur la route du voyage psychédélique sait  ou devrait savoir  que l’angoisse s’attachera à ses pas, tantôt invisible et tantôt cruellement présente.[10] »

Autrement dit, le résultat final est précisément inverse à celui obtenu – sans le chercher – par l’extase mystique !

Michel Hulin poursuit : « c’est en effet « vendre son âme » que de prétendre accéder aux béatitudes par un raccourci fleuri, sans effort, sans sacrifices, sans purification de soi. (…) Tout cela  est-il besoin de le dire ?  suffit à disqualifier le message, vaguement orientalisant, de ces faux prophètes des pseudo-religions qui ont sévi en Occident au cours des trente dernières années[11]. »

La seule condition, c’est (presque) l’absence de conditions !

En réalité, écrit Michel Hulin, « la joie mystique est au plus haut point capricieuse. Aucun moyen, profane ou religieux, aucune technique ne détient la capacité de la produire à coup sûr. Certains l’attendent vainement leur vie entière, alors qu’il lui arrive d’inonder à l’improviste l’âme en apparence la moins préparée à l’accueillir. Cette absence de cause et de motif, cette gratuité, constitue un véritable défi pour la raison.[12] »

Autrement dit, la seule condition de l’extase mystique serait… de ne pas chercher à la provoquer.

Et, peut-être, d’être prêt à l’accueillir.

Son caractère imprévisible et fugace est à l’origine de sa puissance :

« Comme l’éclair qui illumine d’un seul coup tout un paysage nocturne, elle a la nature d’un dévoilement. Ce qu’elle laisse un instant entrevoir, en effet, c’est une Réalité insoupçonnée, présente sous le réel empirique rencontré dans l’existence quotidienne mais infiniment plus dense et vivante que lui. C’est pourquoi sa brièveté, jointe à l’improbabilité de son retour spontané, est de nature à susciter une immense nostalgie, moins de l’expérience elle-même dans sa dimension de jouissance pure que de la Réalité métempirique, de cette patrie de l’âme révélée par elle. L’homme qui a connu cette expérience, ou même qui s’en est seulement approché, ne peut plus se voir autrement que sous les traits d’un exilé. »[13]

Exilé, car il semble que la Réalité entrevue et la joie durable éprouvée à l’occasion de cette expérience spirituelle fassent passer le quotidien pour un vernis superficiel…

Pour ma part, je n’ai vécu aucune expérience réellement comparable, ni spontanément, ni artificiellement.

Si vous avez vécu quelque chose qui s’en rapproche, je serai heureux de lire votre témoignage, et la leçon que vous en avez tirée, en commentaire.

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Décédé il y a un peu moins de deux mois à l’âge respectable de 90 ans, Michel Hulin était un expert en « philosophie comparée », c’est-à-dire spécialiste de la façon dont les grandes traditions européenne et indienne notamment, répondent aux grandes questions métaphysiques.

[2] Michel Hulin, La Mystique sauvage, Quadrige, 2014, pp.20-21

[3] Ibid., P.49

[4] Voir la source – Marie-Anne Vanier, « Création et négativité chez Eckhart », dans Persée, 1993

[5] Michel Hulin, La Mystique sauvage, Quadrige, 2014, P.56

[6] Ibid., P.54

[7] Michel Hulin, La Mystique sauvage, Quadrige, 2014, pp.138-139

[8] Ibid., P.164

[9] Ibid., P.165

[10] Ibid., P.166

[11] Michel Hulin, La Mystique sauvage, Quadrige, 2014, P.167

[12] Ibid., pp.203-204

[13] Ibid., pp.269-270

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  1. Patrick L
    Bonjour Rodolphe, Personnellement ce n'est pas l'extase qui est le plus important ou qui est la chose à laquelle on devrait donner une si grande importance, mais c'est son objet, son origine, sa raison d'être. Il me semble que c'est cela le plus important ; puis, une fois le lien rétabli avec l'origine, qu'est ce qu'on en fait ou plutôt qu'est ce qui en sort de cette "extase", à quoi ou à qui m'amène cette "extase", à moi ou à tourner autour de moi ?... Je ne sais pas si certains moments que j'ai vécus peuvent être qualifiés d'extases, toujours est-il que ces moments, que je constate quand même d'exceptionnels, m'ont fait connaître Celui qui les a suscités. Et la première "chose" qui en est sortie, c'est un lien qui me liait à Lui, qui m'unissait à Lui, qui me rapprochait de Lui, un lien dont je ne soupçonnais pas l'existence tellement il est naturel, évident et fort, un lien qui ne dépendait pas de moi, mais de Lui. Ce lien c'est la foi, et Celui qui m'en faisait cadeau c'est Dieu, par Jésus-Christ. Ce que j'ai compris aussi, c'est l'importance que l'auteur ou "la raison de ces moments d'extases" soit identifié afin qu'il n'y ait pas de place pour une interprétation ou imagination humaine. C'est un peu comme la signature sur un tableau devant lequel on est "extasié". C'est ça que j'ai trouvé de plus important, la signature, comme un témoignage à la fois extérieur certifié dans mon intérieur ; non pas une signature que l'on apposerait soi-même, ou celle d'un faussaire, mais celle dont on est certain qu'elle est apposé par un autre que soi-même, une signature qui a tous les traits de l'Auteur de l'Œuvre, car c'est à son Œuvre qu'on peut le connaître ou le reconnaître : Dieu. Mais en vérité j’ai su un jour que cette « Signature » c’était avant tout le tableau ou l’Œuvre elle-même. C'est une « Signature » inimitable et que nul faussaire ne peut totalement imiter en vérité, mais qui par contre peut être identifié par tout homme, car cette signature produit un témoignage intérieur qui certifie l'origine, parce qu'elle n'a rien d'obligatoire mais tout d'une proposition, elle n’a rien d’accusatoire mais tout d’une justification, non comme une obligation mais comme un appel à mettre foi en Celui qui nous donne de "voir" que c'est Lui qui a fait le "tableau", l’Œuvre. Dans cette Œuvre il y a tout et il n’y manque rien ; et surtout il n’y a RIEN à y AJOUTER. Voila le genre "d'extase", si s'en est une, qui un jour a retourné ma vie, ou plutôt qui m'a fait connaître qu'il y avait une autre vie, une autre vie qui englobait la mienne et que j'ai découverte par ces mots de Jésus « Quiconque croit en moi a la vie éternelle ». Ce que je trouve toujours extraordinaire, c'est que cette vie n'était pas pour plus tard, comme la religion l'insinue ou le dit carrément, mais que cette vie était au moment même où ce quiconque croit ; Personnellement c'est là que j'ai vu Sa Signature, Signature que je reconnaissais par la suite dans tous "les tableaux" qui m'étaient montrés au travers des témoignages de ceux qui avaient écrit sur Jésus ; Signature que je constatais maintenant dans ma propre vie. Merci pour cette occasion Rodolphe, et je vous souhaite un grand bien. Patrick Laborde
  2. Josiane
    Cela m'est arrivé deux ou trois fois: tout à coup je me suis sentie à la fois oiseau, arbre, herbe, feuille, animaux de toutes sortes, en bref tout ce qui existe à la fois et c'était un bonheur incroyable... mais très bref.
  3. Subot Christian
    Bonjour Vous dites qu’il n'y a pas de conditions pour atteindre ces états supra individuels. Mais toutes les techniques traditionnelles ( hindouisme bouddhisme soufisme....) ne font que ça, préparer le disciple pour lui donner l'accès à ces états.
  4. Daniel De Gabaï
    Bonjour Rodolphe, Un grand merci pour toutes vos lettres que je lis avec attention depuis le début. Il me semble avoir connu une sorte "d'extase" ou "expérience du Tout" il y a quelques années. J'étais crampons aux pieds, skis sur le sac, dans une pente raide que je surveillais depuis des années en attendant les bonnes conditions. Ce jour-là, elles étaient excellentes. Vers l'endroit le plus dangereux, où la chute pourrait être fatale, au lieu de ressentir la peur, je me suis senti au bon endroit, au bon moment. Puis un tourbillon de pensées s'est mêlé à une forte énergie émanant du nombril. Une image un peu mathématique m'a traversé l'esprit : le point à l'infini vient de me traverser. Ce point m'est apparu comme celui qu'il faut retirer à une sphère pour la rendre homéomorphe à un plan. Pardon pour les mots technique, cela signifie qu'on peut faire correspondre chaque point de l'un avec un unique point de l'autre. Le point manquant de la sphère est celui où se rejoignent tous les points à l'infini du plan. Voilà pour mon esprit scientifique, mais beaucoup d'autres pensées, apparaissant comme des vérités, m'ont traversé l'esprit, comme celle du Dalaï Lama qui détiendrait les plus grands trésors de l'humanité.
  5. Roger
    Bonjour Rodolphe J'ai vécu l'extase un matin en méditation au lever du soleil dans un parc tranquille de Montréal près de la rivière des pariries. C'est en effet inattendu. Mais au bout de quelques minutes de cet extase indescriptible, j'ai eu les larmes aux yeux de réaliser que ça devait s'évanouir et que je devais retourner à "bosser" dans ce monde infiltré de toutes sortes de toxicités et nuisances contraires nous rendant imperméable à cet état incroyable mais possible. Je regrette presque d'avoir vécu cet extase à cause du manque, du trou que ça fait ensuite dans le coeur de ne plus le ressentir.
  6. Christine
    Bonjour Rodolphe, je n ai pas connu l extase, j ai vécu et je vis des moments de conscience modifiée, naturellement, où j entrevois qu il y a d autres dimensions que notre monde terrestre. Ce que je voudrais évoquer ici c est un moment très bref, je regardais la télévision où l on voyait un paysage, mon regard a été attiré vers le ciel, chargé de nuages, je ne pouvais détacher mon regard de ce ciel et d un coup j ai entrevu le non temps. Le temps n existait plus. Je contemplais l infini sans temps. C est indescriptible. Notre temps qui rythme nos vies n existait plus. Cela a été comme une fulgurance qui s est terminée mais j ai gardé en moi cette connaissance. Je sais que le temps n’existe pas. Après cela le retour a été rude et je n ai plus accepté la mort humaine, la mienne et celle des autres. Je ne la comprenais pas, voire elle me terrorisait, jusqu à il m a été donné de percevoir que même si nos corps physiques cessent de fonctionner, la mort n existe que parce qu elle fait partie de notre temps.
  7. Christie
    Un message privé est il possible ?
  8. Caroline Bouron
    Bonjour, un grand merci de m’avoir fait découvrir Michel Hulin. Ses mots ont trouvé en moi une résonance immédiate, presque familière, comme s’ils venaient nommer des expériences restées jusqu’ici à la lisière du dicible. Il m’a été donné, à plusieurs reprises, d’approcher ces états que l’on pourrait qualifier d’extatiques, au sens fort : des moments de suspension du moi, où la conscience semble se déprendre d’elle-même pour épouser une réalité plus vaste. Sur une plage, d’abord, j’ai fait l’expérience d’un effacement presque total de mon individualité : je n’étais plus qu’un galet, livré au rythme des vagues. Le temps s’était dissous. Ce qui demeurait, c’était une paix dense, impersonnelle, dont l’écho a continué de vibrer en moi durant de longs mois. Plus tard, à la sortie d’un temple taoïste, après des heures d’échange avec un moine, l’expérience a pris une tout autre forme. Non plus l’apaisement, mais une irruption du sacré sous la forme d’un débordement émotionnel : des larmes ininterrompues, pendant près de deux heures, accompagnées du sentiment aigu d’un basculement irréversible. Comme si quelque chose en moi cédait, laissant place à une intelligence du monde plus fluide, presque orientée, comme si tout devenait étonnamment fluide, chaque chose trouvant sa place presque d’elle-même. La troisième expérience, enfin, s’est inscrite dans un cadre plus explicitement initiatique, sous l’effet de la psilocybine, et plus précisément des « Golden Teachers » selon la tradition chamaniste du Mexique. Là encore, il ne s’agissait pas d’une simple altération de la perception, mais d’une traversée : celle d’un univers où les catégories ordinaires se défont, laissant apparaître des structures de sens d’une étonnante cohérence. Ce qui s’y est donné à voir — ou à comprendre — m’a accompagnée de manière décisive dans l’épreuve de la maladie de ma mère, puis dans celle de sa disparition, survenue trois mois plus tard. Je n’y ai rencontré ni dépendance ni chaos, mais, au contraire, une forme d’ajustement intérieur, rendue possible par un cadre attentif et respectueux. Depuis cette expérience, vécue en décembre dernier, demeure l’intuition qu’il existe, en deçà ou au-delà de notre conscience ordinaire, des états capables de reconfigurer durablement notre rapport au réel, au temps, et à la perte. C’est peut-être dans cette perspective que j’envisage aujourd’hui d’y retourner : non comme une fuite, mais comme une manière d’habiter autrement le deuil, et d’en laisser émerger le sens. Pourquoi se méfier de ces substances telles que les Golden Teachers? Elles demandent moins de prudence craintive que de respect : c’est dans une intention élevée et un cadre juste qu’elles peuvent devenir des outils de connaissance et de transformation. Tout dépend de l’usage : divertissement ou chemin. Il est d’ailleurs frappant de voir que le monde médical lui-même commence à reconsidérer ces substances, en en explorant les usages thérapeutiques dans un cadre rigoureusement encadré, notamment pour les troubles de l’humeur et les addictions. Au fait, avez-vous eu l’occasion de regarder les documentaires Netflix de Michael Pollan (Comment changer votre esprit) ? C’est passionnant, un voyage aux confins de l’esprit, traité avec beaucoup de rigueur scientifique. Je terminerai en vous exprimant à nouveau ma gratitude pour le partage de ces paroles de Michel Hulin, qui ont su trouver en moi une résonance profonde.
  9. Caroline-Diane
    Bonjour, Il m’est arrivé, en effet, de vivre plusieurs extases au cours de ma vie. C’est pourquoi je voudrais dire que cela relève uniquement de la grâce et non pas d’un processus de purification particulier. Peut-être, seulement une disposition à l’accueillir. Sans le vouloir ni le demander, humblement. Pourtant je ne suis pas dépourvue d’orgueil! Je n’entrerai pas dans la description de ces extases dont j’ai été comblée, ce serait trop long. Je voulais juste dire que cela peut toucher n’importe qui. Indépendamment de son état de pureté, de recherche culturelle, intellectuelle ou spirituelle ou même de son état de santé. C’est un cadeau dont la source est amour, splendeur, joie, harmonie, intelligence… qui se donne. ????????
  10. Lemoine Gérard
    Jusqu'au 17 Janvier 1982, totalement incroyant. Surtout ne pas me parler de dieux quelconques. Puis dans la nuit du 17 au 18 Janvier 1982, verglas, ravin, 3 tonneaux, arrêt sur le toit, 3 semaines de coma et réveil dans le noir total. Aveugle depuis cette date. Jour de mon anniversaire ! Mais des rêves étranges dans ce coma ! la plupart se sont réalisés. d'autres, que je ne comprenais pas, m'attendant à encore avoir d'autres accidents de la vie. Puis une rencontre avec des évangélistes de Pentecôte. et une réunion en 1993, un pasteur lors de son prêche parle de 2 rêves de mon coma, dans l'ordre où je les ai rêvés mais également dans l'ordre où ils sont écrits dans le nouveau testament. Pourtant, je le rappelle, jamais lu la Bible, et si on me parlait de dieux, quels qu'ils soient, je pétais un plomb et pouvait devenir violent. mon rêve, à l'époque, devenir tueur à gages ! eh oui ! toucher du fric pour vivre dans de belles bagnoles, de beaux hôtels, de belles femmes, etc... alors Dieu, pas question ! et pourtant, je me suis fait baptiser en 1994. Le fameux tunnel, aperçu mais stoppé avant l'entrée et fait demi-tour, sachant que sij'y entrais, ce serait la mort, sans aucune possibilité de revenir dans le monde des vivants. quelques rêves prémonitoires qui sont arrivés peu de temps après mon réveil. moi qui ne croyait rien quand je voyais, je crois maintenant que je suis aveugle ! Ce dont je suis sûr maintenant, c'est que peu importe comment mais après notre dernier souffle, ça ne s'arrête pas ! ni paradis, ni enfer imagés mais juste je sais ! comme certaines prières adressées à Dieu, dans le nom de Jésus-Christ, qui ont été exaucées. ne me demandez pas ni pourquoi ni comment, mais elles l'ont été. et parfois avec des témoins. voilà je ne suis pourtant pas un religieux, plutôt cartésien à la base. pour moi, tuer une fourmi ou un homme était la même chose puisqu'il n'y avait rien après la mort, disais-je jusqu'au 17 Janvier 1982. Gérard.
  11. Fabienne De Boe-Yannrt
    Bonjour, Après avoir approché la communication animale (cadeau de ma fille), le hasard a mis les soins énergétiques sur ma route. Et je suis tombée dedans pour le restant de ma vie, abasourdie par ces phénomènes inconcevables ! Il faut savoir que je suis très terre à terre. Je m’y suis habituée depuis mais à chaque fois je reste sidérée de ce que je ressens ou constate (humains, animaux ou plantes). Chemin faisant j’ai un soir découvert, en fermant les yeux et en me concentrant sur les bruits qui m’entouraient, que je disparaissais en ne faisant plus qu’un avec le vivant. Je me sentant légère tout en étant une fois de plus sidérée. Depuis, ce moment est devenu mon rituel du soir. Apaisement… Mes autres moments de bonheur profond (extase ?) sont la contemplation de la nature avec ses scènes exceptionnelles. Souvent de tous petits riens mais émouvants. De l’émerveillement… Le dernier était hier, observant une corneille poursuivant obstinément, de plus en plus haut à ne devenir qu’un gros point, un rapace dans le ciel. L’émerveillement nous envahissant profondément n’est-il pas une forme d’extase ? Bien à vous.
  12. GALLEGO
    Merci pour cette lettre,qui m’a fait replonger dans ce souvenir indescriptible (comme vous le dites) lors d’un voyage initiatique au Pérou, et précisément au cours d’une méditation au matchupicchu,guidée par un Chamane Et renouvelée lors d’une méditation, pour insomnie à 5 h du matin ( bien plus légère) mais quelque chose indescriptible qui vous enveloppe d’un amour, une expansion ou plus rien de la matérialité n’existe, vous pleurez de bonheur dans cette communion Je souhaite à tout le monde de vivre une telle expérience, elle vous apporte l’évidence d’une existence divine d’amour et de lumière, nous ne nous sentons plus seul même si nous le sommes physiquement dans la matière
  13. Bernard F.
    lors de méditations/relaxations profondes et surtout quand j'ai été dans un environnement de hautes vibrations (lieux, environnement d'un grand nombre de méditants) ou dans des exercices d'hyperventilation (respiration holotropique qui a remplacé le LSD dans les centres de recherche USA); dans cette ligne ne pas oublier le "numineux de Jung et bien explicité par Karl Durkheim qui prétend que nous l'avons tous expérimenté dans notre prime jeunesse
  14. mademoiselle sylvie
    Cela m'est arrivée alors que j'avais 35 ans. Je me promenais seul dans une forêt en Suisse, et soudainement j'ai plus vue comme avant mais la nature était vivante chaque fleure arbre, oiseau me parlaient; un merle était tout à coté de moi et je voyais ses yeux me regardait, me parlait. L'important était l'être et non l'avoir c'est ce que je me disais. Un enorme doberman avec son maitre arrivait au loin et le chien s'est mise à courir et s'est mit assit à mes pieds . Le maitre était très étonné car son chien était obeissant et la il ne l'obeissait plus. plus loin j'ai rencontré des biches et l'une je pouvais lui caressais le museau elles étaient tranquille . Je faisais corps avec la nature, je m'en réjouissais et trouvé ça normal. Je suis retournée près des maisons où j'habitais et petit à petit tout c'est estompé. C'était un moment béni, paradisiaque. Je m'excuse pour les fautes, voilà ce que j'ai vécu.
  15. Guibentif
    Je vous confie volontiers mon expérience mais uniquement à titre privé . Pas de publication..
  16. Martine
    Il y a 20 ans, à Madagascar en bord de mer. Je me reposais dans une cabane, sans pourtant penser dormir, et j'ai vécu une expérience de beauté infinie. Je me suis retrouvee entre rêve et réalité, la cloison de bois de la cabane a disparu, et le sable, l eau, les roches et les oiseaux se sont mêlés pour créer un sentiment de beauté si fort que j'en ai été éblouie. Avec, oui, cette certitude de faire partie d'un grand tout.
  17. Philippe Lemaire
    Oui j'ai connu des extases: extase littéraire en lisant la Route des Flandres de Claude Simon dans un train, extases religieuses lors de ma visite du sanctuaire baroque d'Einsidel en Suisse où devant tant de beauté je me suis senti comme 'aspiré' vers le Haut. Je vous souhaite cela, car cela justifie toute une vie.
  18. Echasseriaud
    Bonjour, Ai-je connu l'extase?! Peut-être est-ce le bon mot ! En tout cas, j'ai vécu une sortie de corps pour laquelle je n'ai jamais trouvé d'explication scientifique malgré mes intenses recherches et dont je me souviendrai toute ma vie bien que cela date maintenant de très nombreuses années ! C'était pendant un cours de yoga du matin mais il est vrai que je me trouvais alors dans un stage hemisynch de Monroe et donc dans un stage de changement de niveau de conscience ! Je me suis donc persuadée que je voulais tellement changer de niveau de conscience que j'y étais parvenu, point barre ! Cependant, j'en ai gardé la certitude que :"nous irons tous au paradis" et que j'avais fait une sortie de corps dont je parle très rarement ! Cordialement. Martine Echasseriaud
  19. Pascale Simon
    J’ai entendu une interview de Francis Hallé , décédé depuis peu, qui témoignait de ce vécu. Et je me demande si le poète Rilke ne l’évoque pas aussi ? Le sentiment océanique.
  20. Véronique
    Bonjour, lors d'un voyage en Afrique du Sud, j'ai assisté à une démonstration de danse d'une ethnie locale dont je ne me rappelle plus le nom. Et pendant cette danse, j'ai été prise d'une émotion intense au point de me mettre à pleurer sans réussir à me contrôler. Je n'ai, à ce jour, toujours pas compris ce qu'il s'était passé. Comme me dit une amie plutôt mystique, tu as déjà vécu cela dans une vie antérieure, pourquoi pas ! Au plaisir de vous lire.

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