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Bien vieillirCerveau29 avril 20269 min20 vues
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Un cerveau de quinqua dans un corps d’octogénaire, c’est possible

Rodolphe Bacquet 29 avril 2026

Chers amis,

Si la maladie d’Alzheimer – la vraie – peut se définir comme un cerveau sénile dans un corps jeune, l’inverse, ou presque, existe : des séniors d’un âge avancé (80 ans et plus) peuvent jouir de capacités cognitives identiques à celles d’un quinquagénaire en bonne santé.

C’est la première des quatre actualités santé que je vous rapporte dans cette lettre.

Vous avez tellement aimé le format « actualités » que j’avais adopté au début du mois, que je le reconduis ici – à la différence que cette fois-ci, promis, aucun poisson d’avril !

Un cerveau 30 ans plus jeune ?!

Depuis plus de 25 ans, des chercheurs de Northwestern Medicine, dans l’Illinois aux États-Unis, étudient un groupe de personnes âgées surnommées les SuperAgers afin de comprendre comment certains individus conservent une acuité mentale exceptionnelle à un âge avancé : à plus de 80 ans, leur mémoire rivalise avec celle de personnes de 50 ans[1].

Le plus « étonnant » (vous allez voir que tout est relatif), c’est que leur cerveau ne suit pas les règles « habituelles » du vieillissement.

Chez certains, les fameuses lésions associées à la maladie d’Alzheimer ne se forment tout simplement pas. Je le rappelle cependant à toutes fins utiles, ces lésions sont la marque de ce qu’on appelait autrefois la démence sénile ; vous voyez que la « normalité » est une notion toute relative dans ce contexte ; mais poursuivons.

Chez d’autres, ces lésions sont bien présentes… mais sans effet sur leurs capacités cognitives !

Les chercheurs commencent donc à décrypter ces deux stratégies naturelles que sont la résistance ou résilience.

Mais là où ça devient intéressant, c’est que la résistance ou la résilience, donc, de ces « super-cerveaux » ne tient pas seulement à la biologie.

On retrouve chez ces personnes une vie sociale riche, une curiosité intacte, et un goût marqué pour les échanges humains.

Leur cerveau, notamment dans les zones liées aux émotions et à la motivation, semble même mieux préservé que celui d’individus plus jeunes.

Ce sont très précisément, les leçons des Zones bleues, ces régions du monde où l’on vit plus longtemps et en meilleure santé que partout ailleurs sur la planète, comme Okinawa au Japon ou l’île d’Ikaria en Grèce : les habitants, et donc les séniors de ces îles, ont une vie sociale extrêmement active, faite de réunions entre amis, d’activités entre villageois, tout au long de la vie.

Je suis donc heureux que des chercheurs de l’Illinois aient à leur tour découvert qu’entretenir ses relations, rester engagé, cultiver sa vivacité d’esprit ne sont pas de simples conseils de bon sens : ce sont des leviers puissants pour protéger votre cerveau, votre mémoire et tout simplement votre santé !…

Le café, bon pour le moral

En parlant d’Okinawa, je suis un amateur de longue date de thé vert et de thé matcha, vous le savez.

Néanmoins, depuis quelques temps je suis également devenu un buveur – modéré – de café. J’en bois avec parcimonie, et surtout j’évite d’en boire juste au lever, pour éviter de redoubler mon pic de cortisol naturel (mais je vous ai déjà parlé de ça).

Autrement dit : contrairement à d’autres, je ne le consomme pas pour me réveiller. Et je suis heureux de partager avec vous une étude qui confirme la raison principale pour laquelle j’en bois : c’est son influence sur le moral… via le microbiote intestinal !

Des chercheurs ont observé que certains composés du café nourrissent des bactéries intestinales spécifiques, capables d’influencer la production de neurotransmetteurs liés au bien-être, comme la sérotonine[2].

 Autrement dit, ce que vous buvez le matin ne stimule pas seulement votre cerveau à court terme, il pourrait aussi moduler votre équilibre émotionnel en profondeur.

Ce lien entre intestin et cerveau n’est pas nouveau, mais il se précise.

Le café semble encourager un microbiote plus diversifié et plus actif, ce qui pourrait expliquer pourquoi les consommateurs réguliers rapportent souvent un meilleur moral… au-delà du simple effet « coup de fouet ».

Faut-il pour autant multiplier les espressos (ou espressi, scusi) ? Pas forcément.

On sait que les bienfaits cardiovasculaires et cognitifs du café sont optimaux autour de trois tasses par jour.

À condition de bien le choisir, autrement dit éviter le café en capsule, truffé d’aluminium.

Nouvelle confirmation des causes viscérales de la dépression

De la bouche aux intestins en remontant au cerveau, on prend maintenant l’autoroute dans l’autre sens avec cette étude de la Harvard Medical School, qui vient d’identifier un mécanisme précis et troublant de l’apparition d’une dépression[3].

Il est désormais bien documenté que ce qui se passe dans votre tête vient, en grande partie, de ce qui se passe dans votre ventre, et que votre microbiote intestinal influence votre humeur –connaissance popularisée par l’appellation de « deuxième cerveau » des intestins. 

Des chercheurs ont identifié une bactérie intestinale, Morganella morganii, capable de produire une molécule inflammatoire… à condition de rencontrer un polluant courant.

Ce composé, une fois modifié, active le système immunitaire et déclenche une inflammation chronique, un phénomène de plus en plus associé à la dépression.

Autrement dit, ce n’est pas seulement la bactérie qui pose problème, mais son interaction avec l’environnement.

Une sorte d’alchimie mortifère entre microbiote et polluants, qui pourrait, chez certains, peser sur l’équilibre mental.

Ce que cela change concrètement ? D’abord, une nouvelle façon de voir la dépression. Elle n’est plus uniquement considérée comme un trouble du cerveau, mais aussi comme un déséquilibre impliquant l’immunité et l’intestin.

En pratique, cela renforce un constat simple : votre santé mentale dépend aussi de ce que vous respirez, mangez… et hébergez dans votre intestin. Réduire l’exposition aux polluants et soutenir votre microbiote (alimentation riche en fibres, diversité alimentaire) deviennent alors des leviers concrets plus que jamais essentiels.

Ce polluant joue bel et bien un rôle dans le boom des cancers du sein chez les moins de 50 ans

Je reprends ma liste : votre santé dépend de ce que vous respirez, mangez, hébergez dans votre intestin… et mettez au contact de votre peau.

Et notamment les phtalates, un groupe de polluants environnementaux utilisés dans l’industrie du plastique, et que l’on retrouve partout : sols en PVC, rideaux de douche, cosmétiques, emballages…

Les phtalates font partie de notre quotidien. Ils ont la faculté de se détacher de l’objet manufacturé où ils ont été insérés, et donc de se balader dans l’air, l’eau, la nourriture. L’on prend, peu à peu, la mesure de leur impact insoutenable sur la santé.

Une nouvelle étude vient renforcer un lien déjà suspecté : leur rôle dans l’augmentation des cancers du sein chez les femmes de moins de 50 ans.

Ces substances chimiques sont en effet connues pour perturber le système hormonal.

Or, le cancer du sein est précisément une maladie très sensible aux équilibres hormonaux. Les chercheurs montrent ici que l’exposition aux phtalates pourrait favoriser des formes plus précoces de la maladie, en interférant avec le fonctionnement normal des cellules mammaires[4].

Ce qui interpelle, c’est le caractère diffus de cette exposition.

Contrairement à d’autres facteurs de risque, il ne s’agit pas d’un comportement isolé, mais d’un environnement quotidien : crèmes, parfums, contenants alimentaires, textiles… Une accumulation silencieuse, difficile à éviter complètement.

Depuis 2000, le DEHP, notamment, est reconnu comme cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il agit aussi comme perturbateur endocrinien : en raison de sa structure proche de celle des hormones sexuelles féminines, il pourrait favoriser la multiplication des cellules cancéreuses.

Son usage est aujourd’hui encadré par des restrictions strictes, mais il reste largement présent dans l’environnement, notamment dans l’eau, l’air et les sols.

Faut-il s’alarmer ?

Heu… Oui !

Ce combat est du même registre que celui contre la loi Duplomb : l’on voit bien que l’interdiction même de l’emploi de ces substances est nécessaire mais pas suffisante, car il restera toujours à régler le problème sanitaire que constitue leur ancrage et leur omniprésence.

Empêcher ou même seulement retarder leur interdiction n’est donc pas seulement irresponsable, c’est criminel : il ne faut pas, en attendant, s’étonner du boom des cancers – du sein ou autres, du reste – chez les moins de 50 ans.

En attendant, il est impératif de réduire les sources d’exposition à ces polluants, et aux phtalates en particulier : privilégiez les contenants en verre, limitez les plastiques chauffés, choisissez, mesdames, des cosmétiques sans phtalates…

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Voir la source Sandra Weintraub et al., « Les 25 premières années du programme de super-vieillissement de l’Université de Northwestern », dans Alzheimer’s Association, 7 août 2025

[2] Voir la source – Serena Boscaini et al., “ La consommation régulière de café façonne le microbiote intestinal et modifie la physiologie et la cognition de l’hôte », dans Communications de la nature, 21 avril 2026

[3] Voir la source – Sunghee Bang et al., « Des phospholipides inhabituels issus de Morganella morganii seraient liés à la dépression », dans ACS Publications, 16 janvier 2025

[4] Voir la source – Hui Chi Chen et al., « Une exposition élevée au phtalates et une susceptibilité métabolique accrue augmentent le risque de cancer du sein : une étude de suivi de 20 ans à Taïwan », dans PNAS, 9 mars 2026

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