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Société12 juillet 20267 min2 vues
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Pendant que la France brûle, les Sénateurs enfument votre santé

Rodolphe Bacquet 12 juillet 2026

Chers amis,

Les étés se suivent et ne se ressemblent pas : ils empirent.

Je ne parle pas seulement des vagues de chaleur et des incendies qui sévissent désormais avec une régularité et une intensité éprouvantes (je ne pensais pas un jour voir 3000 hectares de forêt partir en fumée dans le Diois, où je me rends régulièrement).

Je parle aussi, et surtout, de l’écœurant cynisme de notre classe politique qui, un an après, tente de profiter de la torpeur de l’été pour nous la faire à l’envers.

Car pendant que la France brûle, littéralement, et que les médias ont les yeux rivés sur les évènements divertissants du moment – la qualification de la France en demi-finale, le feuilleton judiciaire de Marine Le Pen – les sénateurs enfument notre santé.

Je parle du retour de la mesure obsessionnelle du sénateur Duplomb : la réintroduction de l’acétamipride et désormais d’autres produits phytosanitaires tout aussi toxiques dans ce que vous mangez.

L’été 2025 avait laissé un goût étrange.

Après des mois de mobilisation citoyenne, après des centaines de milliers de signatures, après des tribunes de médecins, de toxicologues, d’apiculteurs et de chercheurs, la fameuse loi Duplomb avait finalement été amputée de sa mesure la plus contestée : la réintroduction de l’acétamipride, ce pesticide neurotoxique appartenant à la famille des néonicotinoïdes, ces insecticides que l’on surnomme parfois les « tueurs d’abeilles ».

On pouvait y voir un signe encourageant.

C’est le Conseil constitutionnel qui s’était, in extremis, réveillé de sa sieste et avait censuré la mesure.

Le principe de précaution, inscrit dans notre Constitution, semblait avoir résisté et la santé publique semblait avoir pesé davantage que les intérêts économiques immédiats (on ne peut pas dire que c’est souvent le cas).

Beaucoup crurent le dossier refermé.

Il ne l’était pas.

Dès l’annonce de la décision du Conseil constitutionnel, le sénateur Duplomb avait annoncé qu’il ne renoncerait pas, et remettrait la réintroduction de l’acétamipride à l’ordre du jour dès que possible. Je vous ai déjà raconté tout cela.

À peine un an plus tard, voilà que le même débat ressurgit presque à l’identique, dissimulé cette fois dans un projet de « loi d’urgence agricole » dont la version votée par les sénateurs le 2 juillet dernier le fait ressembler, selon les propres mots de la ministre de la Transition écologique, à une véritable « loi Duplomb bis »[1].

Le procédé est terriblement révélateur de la politique française.

Lorsqu’une mesure ne passe pas par la porte, on la fait revenir par la fenêtre.

Lorsque la société civile s’oppose à une décision, on attend simplement que l’émotion retombe avant de représenter le même texte, parfois pire, sous un autre nom.

Vous vous rappelez le référendum de 2005 sur la Constitution Européenne.

Le Non l’avait emporté. Et dès son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy avait fait adopter cette constitution dont le peuple français ne voulait pas.

C’est la même chose avec la loi Duplomb

On en change le nom, en y plaçant le mot « urgence » – car ça fait toujours mieux passer les mesures arriérées, « urgence », ça fait responsable, ça fait indispensable. Dès que vous voyez le mot « urgence » ailleurs que sur le fronton d’un hôpital, méfiez-vous.

Les sénateurs ont donc voté une « loi d’urgence agricole » ; bizarrement, seule la presse étrangère (comme ci-dessous en Suisse) a vraiment pris la mesure de la trahison qui se déroulait dans la chambre feutrée et climatisée du Sénat pendant que le reste de la France brûlait :

Cette réintroduction constitue une trahison démocratique, mais aussi une forme de trahison sanitaire.

Le texte de la « loi d’urgence agricole » venait, au départ, du gouvernement.

C’est son passage au Sénat qui l’a transformée en « nouvelle loi Duplomb » avec la réintroduction de produits phytosanitaires neurotoxiques : l’acétamipride, donc, et le flupyradifurone.

Depuis vingt ans, les pouvoirs publics vous répètent qu’il faut réduire votre exposition aux perturbateurs endocriniens, aux résidus de pesticides et aux contaminants environnementaux.

Avec raison.

Les mêmes autorités vous encouragent à consommer davantage de fruits, de légumes et de produits locaux…

… Et dans le même temps, elles réintroduisent des molécules précisément interdites au nom de ces mêmes préoccupations sanitaires.

Quel cynisme !

On pourrait légitimement en conclure que les pesticides sont dangereux SAUF lorsqu’ils deviennent politiquement utiles ; que le principe de précaution est fondamental SAUF lorsqu’il devient économiquement contraignant ; que la santé publique est une priorité SAUF si elle entre en concurrence avec certains intérêts industriels.

Cette nouvelle loi Duplomb ne se contente pas de rouvrir la porte aux pesticides assassins.

Elle s’attaque également à l’autre sujet explosif de l’agriculture française : l’eau.

Et là encore, le calendrier me donne, je dois le dire, la nausée.

Alors que les nappes phréatiques mises à mal par les vagues de chaleur peinent à reconstituer leurs stocks, que les restrictions estivales deviennent la norme et que des milliers d’hectares partent en fumée faute d’humidité dans les sols, le Sénat a choisi de faciliter encore davantage le stockage artificiel massif d’eau pour l’irrigation agricole et de doubler les objectifs nationaux de stockage à l’horizon 2035.

Autrement dit : pendant que la France découvre qu’elle manque d’eau, la réponse politique consiste à construire davantage de bassines.

Le raisonnement paraît simple : puisqu’il y a moins d’eau, stockons-en davantage !

Mais de plus en plus d’hydrologues, d’écologues et d’associations environnementales répondent exactement l’inverse : s’il y a moins d’eau, c’est précisément le moment de s’interroger sur les cultures que nous maintenons artificiellement sous perfusion hydrique.

Car une mégabassine ne crée pas un seul litre d’eau supplémentaire.

Elle « confisque » l’eau, tout simplement, et décide qui aura le droit de l’utiliser.

Derrière le vocabulaire technocratique de « stockage » ou de « substitution » se cache en réalité une question politique très simple : à qui appartient l’eau lorsqu’elle devient rare ?

À quelques exploitations industrielles très irriguées ?

À certaines cultures destinées à l’exportation ?

Ou bien à l’ensemble d’un territoire, de ses habitants, de ses rivières, de ses zones humides et de sa biodiversité ?

La ministre de la Transition écologique elle-même a dénoncé un texte susceptible de mettre « gravement en péril » le partage de l’eau, au moment même où les Français attendent une gestion plus sobre et plus solidaire de cette ressource devenue stratégique[2].

C’est là que cette loi apparaît comme un double foutage de gueule – pardonnez-moi – et un anachronisme criminel vis-à-vis des enjeux actuels.

J’en reviens au début de ma lettre : pendant que la France brûle et se déshydrate, où est le sens commun d’une mesure visant à accaparer une ressource plus stratégique que jamais au profit d’enjeux industriels et polluants ?

Au scandale de la réintroduction de produits phytosanitaires toxiques pour la santé humaine se superpose donc celui de la privatisation annoncée de votre eau.

La seule vraie question posée par la loi Duplomb est donc celle-ci : veulent-ils vous faire mourir d’abord de soif ou d’empoisonnement ?

Vous avez le droit de répondre que vous ne voulez ni l’un ni l’autre en signant et en partageant la pétition ci-dessous

>>> Je signe la pétition <<<

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Voir la source « La loi d’urgence agricole, « Une nouvelle loi Duplomb », selon la ministre de la Transition écologique », dans Reporterre, le 3 juillet 2026

[2] Voir la source Philie Marcangelo-Leos, “Projet de loi d’urgence agricole : ce que contient le volet eau, après son passage au Sénat », dans Banque des territoires, le 3 juillet 2026

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