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Santé & sensations23 août 202610 min73 vues
15 commentaires

Parfum pluie d’été

Rodolphe Bacquet 23 août 2026

Chers amis,

Avec cet été sec et étouffant qui tire sur sa fin, le retour de la pluie (en même temps que la rentrée scolaire !…) est bienvenu, vous ne trouvez pas ?

On risque d’ailleurs d’en avoir pour un moment puisque, d’après les météorologues, l’automne s’annonce non seulement doux, mais surtout abondamment pluvieux[1].

C’est à croire qu’on se dirige désormais vers une météo tropicale « maison », avec chaque année une saison sèche, et une saison des pluies… Vous vous souvenez des pluies records que le Sud-Ouest a déjà connues au début de l’année ?

Si je commence par vous parler de la pluie et du beau temps, c’est pour saisir avec vous le parfum de ce moment de transition si particulier entre la chaleur sèche et la brusque irruption de l’humidité : je vous parle de l’odeur de la pluie d’été.

Vous voyez de quelle odeur je veux vous parler.

La question que je vous pose maintenant est : que vous fait-elle ?

Ce parfum que nous associons aux premières gouttes d’un orage d’été possède une chimie bien particulière, et qui possède un nom assez rigolo : le pétrichor.

J’ai découvert ce mot, et son mécanisme que je vais vous expliquer dans un instant, à l’occasion de ma visite d’une très belle exposition consacrée à… la pluie ! C’est au Musée des Beaux-Arts de Rouen, jusqu’au 20 septembre.

Ce mot de pétrichor vient du grec petra, la pierre, et ichor, le fluide qui coulait dans les veines des dieux de la mythologie grecque ; il a été forgé en 1964 par deux chercheurs australiens, la chimiste Isabel Joy Bear et le minéralogiste Roderick G. Thomas[2].

Alors qu’est-ce exactement que ce pétrichor ?

Pendant les longues périodes sèches, certaines plantes libèrent des substances huileuses qui s’accumulent dans le sol et sur les roches. Lorsque la terre reste plusieurs jours ou plusieurs semaines sans pluie, ces composés s’y concentrent.

Lorsqu’arrive l’averse et que tombe la première goutte sur la terre sèche, l’air emprisonné dans les minuscules cavités du sol forme de petites bulles qui remontent vers la surface.

En éclatant, elles projettent dans l’atmosphère de minuscules aérosols contenant les composés odorants du sol : la pluie libère les substances huileuses concentrées dans la terre.

Parmi les molécules ainsi remises en circulation, il en est une particulièrement importante : la géosmine.

Son nom signifie littéralement « odeur de la terre ». C’est une molécule produite notamment par certaines bactéries du sol, les actinobactéries, ainsi que par certaines cyanobactéries.

C’est elle qui donne à la terre fraîchement mouillée cette odeur profonde, légèrement boisée, minérale, presque animale que votre odorat reconnaît immédiatement.

Votre nez est particulièrement doué pour détecter cette odeur.

La géosmine est en effet perceptible à des concentrations infimes.

Il suffit d’une quantité extraordinairement faible de cette molécule dans l’air pour avoir cette sensation très nette : « ça sent la pluie ».

Vous est-il déjà arrivé de sentir cette odeur avant même que la pluie ne commence à tomber ?

C’est que les molécules libérées du sol par l’humidité ambiante sont transportées par l’air. Elles peuvent donc vous parvenir avant les gouttes elles-mêmes, comme une sorte d’avant-goût olfactif de l’averse qui approche.

C’est un phénomène bien connu des paysans.

Si vous avez grandi à la campagne, je suis certain que cette odeur constitue, pour vous, une véritable madeleine de Proust.

Et ce n’est pas seulement une impression de votre part.

Les neurosciences viennent aujourd’hui de montrer que cette capacité des odeurs à nous ramener instantanément vers le passé possède une base biologique bien réelle.

Une équipe française du Centre de recherche en neurosciences de Lyon s’est récemment intéressée à ce phénomène en prenant au sérieux ce que nous appelons tous, depuis Proust, une « madeleine ». Leurs conclusions ont été publiées dans PLOS Biology il y a un mois[3].

Les chercheurs ont d’abord interrogé 647 personnes afin de déterminer quelles propriétés rendent un souvenir olfactif particulièrement marquant.

Résultat : parmi les souvenirs d’odeurs qui nous accompagnent durablement, ceux qui ont été associés à une expérience agréable pendant l’enfance semblent avoir une place toute particulière. Il faut y avoir été exposé plusieurs fois… mais pas trop souvent non plus !

En réalité, observent les chercheurs, les souvenirs olfactifs sont les plus profondément ancrés dans le cerveau – comprenez : ils peuvent remonter le plus loin, alors que les souvenirs visuels et auditifs marquants se forment plus tard, à l’adolescence.

Les chercheurs sont ensuite allés plus loin, en utilisant cette fois des souris. Ils leur ont fait découvrir, lorsqu’elles étaient jeunes, une odeur agréable dans un environnement enrichi.

Certaines ont ensuite retrouvé cette même odeur à l’âge adulte, tandis que d’autres ne l’ont pas retrouvée.

Et c’est là que l’histoire devient particulièrement intéressante.

Chez les souris qui avaient retrouvé l’odeur de leur enfance, les chercheurs ont observé une réactivation de régions cérébrales impliquées dans la mémoire et les émotions.

Comme si le cerveau reconnaissait quelque chose de familier et faisait remonter avec cette odeur une trace ancienne de l’expérience vécue.

Vous comprenez alors pourquoi l’odeur de la pluie peut être beaucoup plus qu’une simple odeur.

Si vous avez grandi à la campagne, cette odeur peut contenir en quelques molécules tout un morceau d’enfance : le jardin après l’orage, la terre détrempée sous les arbres, les vacances, une maison de famille, les bottes qu’on enfile pour sortir sous la pluie, ou simplement cette sensation très particulière de fraîcheur après plusieurs jours de chaleur.

Et ce qui est fascinant, c’est que l’odorat possède avec la mémoire un lien anatomique particulièrement étroit. Les informations provenant du nez atteignent rapidement des régions cérébrales impliquées dans les émotions et la mémoire, notamment l’amygdale et l’hippocampe.

Cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi une odeur peut parfois faire surgir un souvenir avec une puissance et une immédiateté que ne possède aucun autre sens.

Vous l’avez peut-être déjà expérimenté : il suffit parfois d’une odeur fugitive pour être transporté, sans même avoir eu le temps de comprendre ce qui vous arrive, vingt, trente ou cinquante ans en arrière.

Une odeur de colle ou de cire peut faire réapparaître une salle de classe. Celle d’un vieux livre, une bibliothèque (enfant, je « sniffais » les BD de mon père, et aujourd’hui encore quand je les ouvre, ça me ramène à cette époque lointaine).

J’avais déjà, il y a sept ans, consacré une petite série de lettres aux odeurs.

Une lectrice, Marie-José, m’avait confié en commentaire le témoignage suivant :

J’avais déjà, à l’époque, répondu à Marie-José dans une lettre dédiée[4].

Je ne sais pas si vous me lisez encore, Marie-José, mais cette étude de chercheurs lyonnais me permet de préciser aujourd’hui la réponse que je vous avais faite alors : il est probable que votre odeur ait imprégné le bulbe olfactif de votre époux.

Les chercheurs ont démontré qu’en réactivant l’odeur, on réactivait le souvenir. Mais seulement à condition que ce soit un souvenir agréable !

Votre mari vous a ainsi fait sans le savoir, le plus beau des compliments.

Qu’évoque pour vous l’odeur de la pluie, l’été ? Quelle odeur associez-vous immédiatement à un souvenir heureux ? Vous pouvez me répondre en commentaire.

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Voir la source Guillaume Woznica, « Tendances saisonnières, vers un automne à très hauts risques en France, découvrez nos prévisions », dans Meteored, le 19 août 2026

[2] Voir la source IJ Ours et RG Thomas, « Nature de l’odeur argileuse », dans Nature, le 7 mars 1964

[3] Voir la source Jules Dejou, et al., « Les souvenirs olfactifs positifs de la petite enfance sont ancrés dans le bulbe olfactif et déclenchent des changements à grande échelle au-delà du système olfactif », dans Plos Biology, le 14 juillet 2026

[4] Voir la source Rodolphe Bacquet, « L’odeur de sa femme a été sa bouée de sauvetage », dans Alternatif Bien-Être, le 29 octobre 2019

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15 commentaires

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  1. Cadet
    Beauté & Poésie Total ressenti À bientôt Bravo & merci ????
  2. Nau
    la pluie ,la chaleur sur une terre battue, me rapppelle mon enfance en afrique pendant la saison des pluies .Cela me transporte ,ces souvenirs sont inoubliables,ils sont ancrés en moi. Effectivement l'odorat permet de se souvenir pour mon cas de merveilleux souvenirs de ma vie. ça peut-être une forêt de pins et sa lande, l'iode de la mer,une recette de ma grand mère un odeure de fleure ... merci pour votre article. Valérie
  3. Brigitte M.
    Bonjour et merci pour cet article instructif - j'avoue que j'ignorais ce nom de "petrichor"! Et comme bon nombre d'entre nous, j'adore cette odeur! Elle me rappelle le jardin de ma grand-mère en Normandie... Apparemment, il y aurait quatre parfums commerciaux qui l'auraient "recréée" - ou du moins, qui s'en approcheraient. Sinon, il y a une autre odeur qui est aussi une de mes "madeleines de Proust", c'est celle de l'herbe fraîchement coupée - et là, c'est le Jardin d'Acclimatation qui me revient en mémoire! Quelle époque heureuse que celle de l'enfance... Du moins, pour ceux et celles qui ont eu cette chance...
  4. Edith
    Les grandes vacances dans la maison de mes grands-parents à la campagne. Les vêtements de pluie sur les tenues d'été.
  5. Bachlubaki
    Bonjour Rodolphe, C'est toujours une joie immense de lire vos chroniques de santé naturelle. Elles regorgent de nouvelles connaissances, nous éduquer, nous interpellent, et parfois nous divertissent.. Le pétrichor évoque chez moi les quatre années de ma prime jeunesse passées à Tokyo où mon père y a été muté comme diplomate. Je me souviens des moments où nous passions le temps, sous une tente, pluie battante, avec mes jeunes amis en pension, à chaque fois que j'inhale les remontées chimiques du contact entre la pluie et le sol. Le résultat est à la fois psychologique et énergétique. C'est-à-dire que je peux ressentir de la mélancolie ou de la joie, mais toujours enrobées d'une énergie galvanisante et productive. Je savais que la mémoire olfactive existait, sans d'autant en connaître le mécanisme qui l'active. Sincèrement, je vous remercie de vos enseignements.
  6. Vincenti Pascale
    Votre lettre sur les odeurs a fait remonter un moi un souvenir oublié et violemment revenu à la surface, lorsque je suis passée près d'un immeuble duquel émanait une odeur de bouillon de vermicelles... !! Pas celui que je fais, ni même celui que faisait ma mère, mais celui de la cantine ! Mon dieu que j'ai aimé ces retrouvailles avec l'enfance, l'espace d'un instant.. Même en repassant devant l'immeuble, je n'ai plus retrouvé cette magie qui a existé le temps d'un petit bonheur..Merci pour vos lettres
  7. Françoise
    J'ai passé mon enfance au milieu de maraîchers. L'odeur de la pluie après l'orage oh oui ! Mais l'odeur qui m'émeut le plus est au moment de Noël quand le feu est allumé et que je pose des épluchures d'orange sur le poêle. Seulement il manquait qq chose et j'ai trouvé : l'odeur du café que Maman préparait pour le Père Noël. Ce sont ces deux odeurs mêlées qui m'émeuvent énormément et je revois les lieux et je ressens les mêmes émotions que lors de cette toute petite enfance. Je ne bois pas de café mais j'en fais une tasse (que je ne bois pas) pour retrouver la "presque" même sensation (car depuis j'ai vraiment grandi (!) pour retrouver la totalité de la magie puisque, hélas, je ne crois plus au Père Noël (quoi que ...)
  8. Pages
    Merci pour votre lettre très intéressante comme d’habitude Ah …. les odeurs de la pluie tellement agréable, quand à certaines odeurs comme tous ces parfums synthétiques me donnent des migraines terribles
  9. RAJIC
    Bonjour, J'ai toujours été sensible à l'odeur de l'eau. Je possède ma propre météo pour identifier la pluie qui va venir. Elle est dans l'air, au fond des lacs, des rivières. J'adore ce parfum qui remonte de la terre. Entre ciel et terre, il y a ce parfum de l'humanité entière. Il remonte de si loin , il est si profond qu'il vibre en moi comme la plus intense des émotions. Chantal
  10. Lagrange
    Bonjour, Bel article sur les odeurs et leurs vertus,je suis passionnée par l’olfactotherapie et il y a une personne merveilleuse sur Paris me semble t,il qui se rend régulièrement dans un hôpital parisien pour faire sentir des flacons à des patients dans le coma,elle s’aide de la famille pour constituer des odeurs aimés par le malade.......et petit miracle,certains ont des petites réactions........un livre aussi passionnant ”les odeurs prisonnières”sur l’olfactotherapie en prison qui peut aider certains à avancer sur son histoire...... Merci à vous pour vos articles toujours très pertinents et plein de cœur!
  11. Nanou
    Bonjour, Merci pour cet article très intéressant. Pour ma part, je suis très sensible aux odeurs. Celle du papier neuf, des crayons et des livres entr' autres. J' ai vécu mes premières années à la campagne, et les odeurs étaient multiples. De la bouse de vache fraîche au sous bois avec les odeurs de champignons. De l' herbe fraîchement coupée à la période où cette herbe sèche et devient le foin. Aux odeurs de rentrée des classes où se mêlait l' odeur des pommes que l'on cueillait des cahiers neufs et des crayons que l' on vient de tailler!. L' odeur des vieux livres restés trop longtemps à l' humidité.
  12. Suzanne BONNEFOY
    Hoooo oui j'adore l'odeur que dégage la pluie qui vient de tomber sur un sol bien sec....elle est tellement unique! Et quand elle vient de tomber dans un bois ...c'est encore différent ! Là aussi j adooore ! (Plus note champignons!) Et effectivement, petite, je vivais dans une ferme entourée de forêts...je dis souvent que j'ai des "séquelles" ???? Merci pour vos lectures que je lis avec intérêt
  13. Perez
    Bjr ,Rodolphe. Ce qui me plait lorsque la pluie est tombée est l’odeur de l’herbe , mes parents habitaient dans une maison entourée de pelouse , de fleurs et d’arbres , pour mon papa , tout ça était sacré. J’apprécie de vous lire , un grand merci et surtout prenez soin de vous et de ceux que vous aimez
  14. M B
    Bonjour, j'adore l'odeur de la pluie, elle me met en joie, et je dis toujours à mes enfants et petits enfants, vous sentez la bonne odeur de pluie ?
  15. Émilie Schickel
    Quand j’étais enfant, ma mère m’appelait la renifleuse. Tout passait par mon nez et sentir était si important pour moi qu’elle s’était imaginée que je deviendrais « nez » en parfumerie. Elle utilisait mon odorat pour reconnaître le propriétaire d’un vêtement qui traînait (j’étais la dernière d’une famille de 6 enfants et savait instantanément designer à l’odeur l’un ou l’autre de les frères et sœurs). Entre toutes, l’odeur du haut de son bras était mon refuge pour me rassurer et j’aimerais rester accrocher à elle pour la sentir. Au pont parfois de l’agacer. Cette odeur est restée tout au long de sa vie, j’y revenais parfois adulte pour m’assurer qu’elle était toujours là. Même à la fin, malgré les odeurs aseptisée de l’hôpital, ce petit coin de peau a gardé ce parfum si particulier qui me transportait en enfance. Elle n’est plus là aujourd’hui mais j’aimerais retrouvé une fois une seule le souvenir de cette odeur : dans le cou de ma fille ! Je pense au livre le parfum qui explique la chimie de la peau et comment capter l’essence des gens. Est-ce mon cerveau qui a cherché à se rassurer ou un réel composé chimique qui se serait transmis génétiquement ? Je ne saurais jamais. Mais je chercherai toujours à retrouver l’odeur de ma mère.

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