Chers amis,
Cet été, je n’ai pris qu’une semaine de vacances.
Ainsi, pendant qu’une de mes filles passait ses journées au bord de la mer avec sa grand-mère, que l’autre grimpait sur des canassons, et que mon ado de fils étirait au maximum sa plage horaire de sommeil, j’étais à mon bureau, partagé entre la sidération devant la France en train de partir en fumée, et la stupéfaction de constater qu’en de telles circonstances nos brillants parlementaires ne trouvaient rien de mieux à voter que la réintroduction de produits neurotoxiques dans notre agriculture.
Mais je vous ai déjà parlé de tout ça.
Ce que je souhaite partager avec vous, aujourd’hui, c’est le document qui m’attendait sur mon bureau à mon retour de vacances.
Il s’agit d’un questionnaire émis par la CPPAP (Commission paritaire des publications et agences de presse) et qui m’était adressé en tant que directeur de la publication de la revue Alternatif Bien-Être.
Vous allez vite comprendre pourquoi cela vous concerne au premier chef.
IA : la France se réveille enfin – et elle a un train de retard qu’elle ne rattrapera jamais, je le crains
Intitulé « Déclaration sur l’honneur relative à l’usage des technologies d’intelligence artificielle », ce document ressemble, avec ses trois pages de questions, à un formulaire d’entrée sur le territoire des États-Unis (celui qui vous demande si vous avez un lien avec des organisations nazies) en nous interrogeant, donc, sur notre usage de l’IA :

C’est, de la part de la CPPAP, une excellente initiative.
Mais c’est une initiative qui intervient beaucoup trop tard.
Mercredi dernier, Le Monde a publié une enquête intitulée « L’IA, un nouveau choc pour l’information »[2].
Le Monde rapporte que les plans sociaux se multiplient depuis le début de l’année au sein des groupes de presse : ce sont plusieurs centaines d’emplois qui ont déjà été supprimés chez Prisma Media, Bayard, Le Point, Le Télégramme, ou La Provence.
À ce stade, rien, et surtout pas le formulaire en trois pages de la CPPAP, ne pourra arrêter le véritable rouleau compresseur qu’est l’usage généralisé de l’IA dans les rédactions de la presse subventionnée.
Chez Prisma Médias, qui appartient à M.Bolloré, et publie entre autres Dr Good !, Femme actuelle, Flow, Télé Loisirs, Télé Z ou Voici c’est déjà 50 % du contenu qui est généré par intelligence artificielle[3].
Dites-vous, en gros, qu’une page sur deux que vous lisez de ces magazines est écrite par un robot.
Voici déjà plusieurs mois que, dans un nombre croissant de rédactions, des correcteurs ou des secrétaires de rédaction sont remerciés et remplacés, au moins en partie, par des fonctions de « supervision de l’IA ».
Économiquement, ces groupes détenteurs de titres de presse y voient un moyen d’améliorer leur marge et surtout de compenser la dégringolade continue des ventes en France depuis 10 ans :
« De 3,7 milliards d’exemplaires de la presse papier distribués en France en 2016, la diffusion a ainsi chuté à 2,6 milliards d’exemplaires en 2025, selon les chiffres de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias. La presse magazine, elle, a vu le nombre d’exemplaires distribués tomber de 1,36 milliard, en 2016, à 899 millions, en 2025.[4] »
C’est une saignée.
La plupart des titres de presse en sont réduits à brader leurs offres d’abonnement voire à pratiquer une forme de mendicité, comme certains que je ne citerai pas.
Mais si je vous en parle aujourd’hui, ce n’est pas dans un élan syndicaliste de défense de la presse subventionnée, dont le modèle entraîne d’autres problèmes – la presse subventionnée est, je le rappelle, une presse littéralement aux ordres du pouvoir afin de pouvoir continuer à toucher sa subvention, la période du Covid l’a démontré.
Non : c’est que ce phénomène est en réalité l’épiphénomène d’une authentique menace pour vos capacités cognitives et votre santé mentale.
Google IA, ou la fabrique des « gogols »
Depuis le 22 juillet, lorsque vous effectuez une recherche sur Google, le moteur de recherche vous propose en France ses fameux « résumés IA » : une synthèse générée par l’intelligence artificielle du géant américain, et qui apparaît en haut de la page.
Vous posez une question, Google vous répond, et vous n’avez plus forcément besoin d’aller consulter les sites auxquels Google a « emprunté » les infos pour élaborer sa réponse.
Cela paraît pratique. Et c’est pratique !
Mais il y a plusieurs problèmes.
D’abord, une étude du Pew Research Center citée par Le Monde rapporte que lorsque les internautes obtiennent directement une synthèse produite par l’IA, seuls 8 % d’entre eux cliquent ensuite sur les liens « source ».
Autrement dit : l’IA vous donne le résultat… et vous évite de vous rendre à la source.
Or, d’une part, comme l’ont souligné plusieurs journalistes et éditeurs, cela pose la question de la propriété intellectuelle, allègrement pillée par Google IA, sans parler des chatbots.
Et d’autre part, depuis vingt ans, les médias ont précisément appris à vivre grâce à ces visites permises par le moteur de recherche de Google : le lecteur qui arrive sur un article est susceptible de découvrir d’autres articles, de s’abonner, de voir de la publicité, de s’inscrire à une newsletter, d’acheter un magazine ou un livre.
Supprimez le lecteur, et vous supprimez progressivement le modèle économique. C’est ce qui est en train de se produire, en ce moment même.
Aux États-Unis, ces « résumés IA » sont en fonction depuis deux ans.
Depuis leur déploiement, le trafic provenant du moteur de recherche vers 2 500 sites d’actualité a diminué de 33 % en un an, entre novembre 2024 et novembre 2025.
Les habitudes changent à une vitesse stupéfiante.
Selon le Reuters Institute, dans les 48 marchés étudiés, 54 % des utilisateurs s’informent désormais au moins une fois par semaine via les plateformes et leurs algorithmes, contre 51 % par les sites et applications des médias.
Le recours aux chatbots pour s’informer progresse lui aussi rapidement.
En France, une étude réalisée pour l’Arcom montrait déjà qu’en 2024, un Français sur cinq utilisait régulièrement des outils d’IA conversationnelle pour s’informer : c’est à ChatGPT, Grok ou Claude que l’on demande ce qui se passe dans le monde.
Et chez les moins de 34 ans, c’était déjà plus d’une personne sur deux.
Et c’est là qu’arrive le second problème, qui couve une crise sanitaire en devenir : ce recours systématique à l’IA rend ses utilisateurs idiots.
J’aurais pu écrire : « paresseux » ou « moins critiques » mais non, je le répète : idiots.
C’est, en substance, le propos d’un papier du Canard enchaîné daté, lui aussi, de mercredi dernier : « Comment l’IA m’a rendu stupide »[5] :
Et son auteur, de commencer par une question qui devrait nous inquiéter beaucoup plus que les sempiternelles discussions sur la productivité ou l’économie :
« Demandez donc à Google quels sont les effets de l’intelligence artificielle sur notre cerveau. »
La réponse tombe, évidemment, sans hésitation : « Baisse de l’effort intellectuel, moindre mémorisation, perte de persévérance ».
Autrement dit : Google et les IA rendent leurs utilisateurs gogols (au sens de stupide, idiot).
L’usage de l’IA pour un oui ou pour un non nous prépare une flambée d’Alzheimer et autres démences précoces
Récemment, on m’a suggéré de laisser un outil d’intelligence artificielle rédiger les courriels que j’adresse à mes collègues.
« Ça va te changer la vie ! Tu vas gagner un temps considérable !! »
Merci, mais non merci.
D’une part, en tant que « destinataire », je trouve cela assez irrespectueux de recevoir un mail éhontément écrit par un robot.
D’autre part, en tant que personne humaine, je n’ai nulle envie de laisser un robot formuler à ma place ce que j’ai à exprimer.
Ce que pondra la machine sera peut-être mieux écrit, plus lisse et plus lisible, mais ce ne sera pas moi.
Du reste, si vous utilisez la messagerie de google, vous avez déjà remarqué qu’il existe une fonction « résumé par l’IA » qui vous dispense de lire vous-même le message qu’on vous adresse…
… et qu’il existe également une fonction « améliorer par l’IA », où votre texte est, en somme, un mauvais devoir de rédaction de primaire pour lequel votre prof (le robot) va vous fournir un corrigé.
Ainsi, pendant qu’une part croissante de la presse française est en train de déléguer à des machines le travail de ses employés, les lecteurs et les citoyens sont, eux aussi, en train de déléguer en masse une part croissante de leur effort intellectuel à la machine.
Or, si le cerveau n’est pas un muscle au sens strict, il obéit à une règle analogue : ce que vous cessez de solliciter finit par perdre de sa vigueur.
Vos neurones, et vos connexions neuronales, ne peuvent subsister et se développer que si vous les stimulez.
Si vous commencez à « déléguer » les opérations intellectuelles les plus basiques à l’intelligence artificielle, vos capacités cognitives vont se réduire comme peau de chagrin.
C’est d’ailleurs ce qu’a démontré une expérience menée par des chercheurs de plusieurs universités anglo-saxonnes, dont le MIT, publiée en juin 2025, citée dans L’article du Canard, et dont je vous avais déjà parlé dans une lettre précédente.
Les chercheurs ont réparti des étudiants en trois groupes. Les premiers devaient rédiger des textes sans aucune aide. Les deuxièmes pouvaient utiliser Google pour effectuer leurs recherches. Les troisièmes avaient recours à une intelligence artificielle.
Pendant qu’ils écrivaient, les chercheurs observaient leur activité cérébrale grâce à un électroencéphalogramme.
Les résultats confirmaient que les étudiants qui utilisaient l’IA étaient ceux qui mobilisaient le moins leur cerveau.
Ils mémorisaient également moins bien ce qu’ils venaient d’écrire.
Et, surtout, ils avaient davantage tendance à reprendre la réponse fournie par la machine sans véritablement se l’approprier.
Autrement dit, l’IA leur permettait certes d’obtenir plus rapidement un résultat, mais en leur demandant moins d’effort pour y parvenir, elle atrophiait leurs capacités cognitives.
Rien de très surprenant là-dedans.
Ce phénomène n’est pas nouveau, et il porte un nom : la délégation cognitive.
La délégation cognitive
La délégation cognitive n’est pas arrivée avec l’IA, mais elle connaît un « saut quantique » depuis son arrivée.
Avant, vous déléguiez votre mémoire à votre téléphone, votre orientation au GPS, vos calculs à la calculatrice, vos relations sociales aux réseaux sociaux.
À présent, on délègue les fonctions les plus élémentaires du cerveau à l’IA : réfléchir, trouver les mots, se souvenir.
Pourquoi se souvenir d’un fait puisque Google peut le retrouver ?
Pourquoi chercher le mot juste puisque Claude peut rédiger la phrase ?
Pourquoi lire des articles de presse, voire des bouquins… puisque l’IA peut vous en faire un résumé en dix secondes ?
Pourquoi confronter deux opinions puisque vous pouvez demander à la machine de vous expliquer laquelle est « correcte » ?
Quand on me dit « ça va te faire gagner du temps », c’est vrai. Mais ce que je vais perdre est beaucoup plus précieux.
À chaque fois, vous gagnez quelques secondes, mais vous abandonnez aussi l’effort qui permettait à votre cerveau de travailler.
Dites-vous que ces opérations déléguées, répétées plusieurs fois par jour, durant plusieurs années, vont non seulement nous produire une génération de gentils demeurés qui n’arriveront plus à « penser » sans la béquille permanente de l’intelligence artificielle, mais aussi, bel et bien, engendrer une épidémie de démence précoce.
C’est une véritable bombe à retardement de santé publique.
Appel solennel à vous qui avez encore un cerveau
Vous comprenez pourquoi le questionnaire de la CPPAP m’a fait sourire.
J’ai bien conscience que l’IA a gangréné l’écrasante majorité de la production éditoriale francophone, si ce n’est mondiale.
Néanmoins, pour les raisons que je viens de vous expliquer, mais aussi, je ne vous le cache pas, pour des raisons idéologiques, je refuse depuis 2022 (année du déferlement de ChatGPT dans le quotidien) les articles rédigés par IA dans Alternatif Bien-Être.
Avec certains de mes plus proches collaborateurs, il nous est arrivé de « prendre la main dans le sac » une poignée de contributeurs qui avaient essayé de nous refiler des articles voire des dossiers écrits avec l’IA.
Nous leur avons dit de recommencer, et de s’engager à ne plus utiliser l’IA, sous peine de voir toute collaboration avec Alternatif Bien-Être cesser.
Cette revue, dont je m’occupe depuis maintenant près de douze ans (!) était déjà l’un des derniers bastions d’une pensée libre, non-soumise à la doxa de Big Pharma et des subventions de l’État.
Elle est désormais l’un des derniers bastions de la pensée tout court, d’une libre parole humaine, fruit à la fois de l’expérience des thérapeutes et spécialistes de santé naturelle qui y travaillent, et des dernières recherches scientifiques.
C’est l’une des dernières, sinon la dernière (car bon nombre de nos concurrents ont depuis longtemps cédé au miroir aux alouettes de la rédaction par IA pour des raisons économiques et… ça se voit) revue de solutions de santé naturelles écrite par des humains pour des humains.
Aujourd’hui comme hier, et comme demain, la pierre angulaire de cette indépendance, c’est l’absence de subventions : Alternatif Bien-Être ne fonctionne que sur abonnements, se passe « sous le manteau ».
C’est la raison pour laquelle vous ne la trouvez pas en kiosque. Vous ne pouvez la trouver qu’ici, en vous abonnant.
Je rappelle que nos abonnements sont sans engagement et que vous pouvez les résilier à n’importe quel moment de l’année en vous faisant rembourser au prorata des numéros qu’il vous restait à recevoir.
Voici par exemple ce que vous trouverez dans votre numéro d’août en vous abonnant aujourd’hui :

Santé investigation – Santé mentale : trouver sa voie dans le labyrinthe des soins
Des souffrances passagères aux troubles chroniques, les difficultés psychiques prennent des formes très diverses. Ce dossier aide à comprendre les différentes approches thérapeutiques et à vous orienter parmi les accompagnements possibles à la lumière des avancées récentes de la psychologie (en pages 3 à 8).
Alternative conso – Bio, sans savon, sans parfum… choisir son gel douche « naturel »
Face à la multiplication des allégations, difficile de s’y retrouver. Que garantissent réellement les mentions « bio », « sans savon », « sans sulfates » ou « sans parfum » ?
Notre guide vous aide à distinguer les critères utiles des simples arguments marketing (en pages 9 à 11).
Prévenir et Guérir – Physio et psycho : Ce qui change vraiment dans la sexualité après 40 ans
Passé la quarantaine, les difficultés sexuelles sont souvent attribuées à l’âge. Elles peuvent pourtant révéler des déséquilibres physiologiques autant que relationnels. Le naturopathe Jean-Brice Thivent propose une approche globale, où santé du corps et qualité du lien se renforcent mutuellement (pages 11 à 15).
Psycho & Soma – Mélanome : quand ce qui est mis en lumière nous atteint
Le soleil est un facteur de risque bien connu du mélanome. Mais certaines « mises en lumière », plus symboliques, peuvent aussi profondément affecter une personne. À travers un récit clinique, le Dr Philippe Dransart explore les résonances possibles entre la maladie et certains événements de la vie (pages 16 et 17).
Parcours de guérison – L’hygiène intestinale l’a sauvée : le témoignage de Dominique Bréant
Fatigue chronique, fibromyalgie, burn-out, polyarthrite… Dominique Bréant raconte le parcours qui l’a conduite à adopter l’hygiène intestinale et le jeûne sec, des pratiques auxquelles elle attribue son retour à une meilleure santé (pages 18 à 20).
J’ai testé pour vous – Quand mon corps m’a appris à vivre avec la chaleur
Longtemps épuisé par les fortes chaleurs, Emmanuel Duquoc a décidé de ne plus les subir. Il a exploré les différentes stratégies pour mieux les supporter… jusqu’à une découverte qui dépassait largement les simples conseils de saison (pages 21 à 25).
Vivre au rythme d’août : une volaille succulente, une tisane diurétique et une crème protectrice… Les conseils pour profiter de la dernière partie de l’été (pages 26 et 27).
Les francs-tireurs de la santé – Évelyne Josse, psychologue clinicienne :« Le trauma peut rester présent dans le corps, les émotions. »
L’EMDR est aujourd’hui bien connue dans la prise en charge des traumatismes psychiques. Plus discrète, l’hypnose thérapeutique constitue pourtant une autre voie d’accompagnement. Spécialiste reconnue du psychotraumatisme, Évelyne Josse vous en explique les principes et les indications (pages 28 à 29).
Santé d’ailleurs – Kampo : une médecine traditionnelle de pointe
Au Japon, tradition et innovation ne s’opposent pas toujours. Le kampo, médecine héritée de plusieurs siècles de pratique, continue d’être utilisé tout en bénéficiant des avancées de la pharmacologie moderne. L’anthropologue Aline Mercan vous fait découvrir cette approche, en pages 30 et 31.
Cliquez ici pour accéder à votre numéro d’août
Portez-vous bien,
Rodolphe
[1] Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task – MIT Media Lab, Voir la source MIT Media Lab, le 12 août 2026
[2] Le Monde, 12 août 2026
[3] Jean Marc Manach : « Chez Prisma Media jusqu’à 40 % des articles et 50 % des journalistes sont générés par IA », dans Next, le 5 mars 2026
[4] Le Monde, 12 août 2026
[5] Le Canard enchaîné, mercredi 12 août 2026
