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CancerMaladiesSociété8 novembre 202613 min0 vues
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Après Octobre rose, voici « Movember », avec ses moustaches et ses prostates géantes

Rodolphe Bacquet 8 novembre 2026

Chers amis,

Après Octobre rose et son incitation aux femmes à se faire dépister un cancer du sein, voici « Movember » et son incitation aux hommes à se faire dépister un cancer de la prostate.

Aucun cancer à l’honneur pour le mois prochain (pour l’instant). Décembre sera plutôt dédié à Noël, et ça n’est pas plus mal.

Le « symbole » de ce mois de novembre dévolu à la santé prostatique (mais aussi mentale) des hommes est la moustache, que chaque « sympathisant » fait pousser tout au long du mois. La moustache est à Movember ce que le ruban rose est à Octobre rose.

Donc, pour ce gris et pluvieux mois dans lequel nous sommes rentrés, ne vous étonnez pas si vous observez une épidémie de moustaches dans l’espace public.

« Movember » est-il cependant le simple équivalent masculin d’octobre rose ?

Pourquoi « Movember » n’est pas du même tonneau qu’Octobre rose…

« Movember » est un mot-valise anglais né de la contraction de « moustache » et de « november » (novembre, donc).

Quel est le rapport entre une moustache et une prostate, outre le fait qu’elles sont, sauf exceptions anatomiques sur lesquelles je ne m’étendrai pas, l’apanage de l’être humain de sexe masculin ?

Ce rapport non évident est pourtant à l’origine de ce curieux mouvement.

« Movember » est d’abord une idée potache australienne : des jeunes hommes, au seuil des années 2000, ont l’idée de se faire pousser la moustache en novembre.

Juste pour le jeu de mots November/Movember !

Comme leur initiative fait parler d’elle, ils commencent à créer des produits dérivés, dont des t-shirts, et ont l’idée de reverser les fonds à des œuvres caritatives locales, comme une association luttant contre la cruauté envers les animaux.

Ce n’est que quelques années plus tard que, peu à peu, le reversement des fonds récoltés se « concentre » en faveur d’une fondation consacrée à la recherche contre le cancer de la prostate[1]. 

Bref, « movember » n’est pas du même tonneau qu’Octobre rose : le premier est né, littéralement, d’une blague potache, tandis que le second, comme je le rappelais dans une lettre il y a trois semaines, est une opération de communication lancée par une multinationale pétrochimique et pharmaceutique[2].

Il y a donc – initialement – beaucoup moins de cynisme et d’exploitation des bons sentiments des braves gens dans « Movember » que dans « Octobre rose ».

Pourtant, les deux opérations partagent au moins un même problème.

… mais les deux ont tout de même un (fâcheux) point commun

Officiellement, désormais, Movember est une opération visant à sensibiliser à la prévention de tous les maux touchant les hommes : la santé mentale d’un côté, avec la dépression et le suicide, et les cancers masculins : prostate, testicules, côlon (même si les femmes ont aussi un côlon…).

La communication autour de Movember part du principe que les hommes font moins attention à leur santé, et que les problèmes de santé les touchant sont considérés comme « tabous ».

Toutefois, malgré l’élargissement du « spectre » des maux qu’embrasse officiellement Movember, la cible principale reste le cancer de la prostate.

À tel point que, un peu partout en France et en Suisse, des prostates géantes gonflables s’installent au mois de novembre aux abords d’hôpitaux des grandes villes :

Ces prostates géantes gonflables ne sont pas nées spontanément d’une démarche désintéressée d’information : elles sont un « happening » du laboratoire pharmaceutique Janssen, une filiale du géant pharmaceutique Johnson & Johnson, faisant dans… l’oncologie.

Bref, bien qu’ayant des origines très différentes, Movember et Octobre rose se rencontrent sur le même effet publicitaire massif au profit de laboratoires.

Et, au risque de m’attirer ici quelques foudres supplémentaires, j’affirme que la promotion massive du dépistage du cancer de la prostate est une fausse bonne idée au même titre que celle du dépistage du cancer du sein.

Le cancer de la prostate est une saleté… que le dépistage intrusif contribue à aggraver !

Le cancer de la prostate est une véritable saleté. Je le sais car des proches en souffrent, ou en ont souffert.

Je ne peux que reconnaître la bienveillance des personnes qui, de bonne foi, portent en novembre la moustache pour ainsi inciter les messieurs à s’inquiéter de leur santé intime.

Mais le dépistage d’un cancer, que ce soit celui du sein ou de la prostate, devrait rester une affaire privée, et non un prétexte à des happenings dans l’espace public, quelque louables que soient les intentions de ses organisateurs.

Le problème fondamental est que la biopsie de la prostate est un examen médical risqué.

Et… tout le monde semble l’avoir oublié en 2026.

 Le succès de « Movember » a fait du dépistage massif du cancer de la prostate une « évidence »… aussi mal fondée que le dépistage systématique du cancer du sein.

Pourtant, au début de la dernière décennie, en France, la Haute Autorité de Santé elle-même avait déjà rejeté ce dépistage pour la population masculine en général.

Un collectif, emmené par le Dr Dominique Dupagne, s’était même formé pour expliquer les conséquences mortifères de ce dépistage massivement prescrit[3].

Je reprends, dans les lignes qui suivent, le développement d’une lettre que j’avais déjà consacrée à ce sujet sensible et intitulée « Prostate : à lire avant qu’on vous en enlève un morceau (même petit) ».

Le dépistage du cancer de la prostate consiste à introduire une longue aiguille dans votre rectum, Messieurs, afin d’en prélever un morceau pour l’analyser.

Cet « examen », qui a pour but de détecter un possible cancer, a des effets secondaires fréquents et durs à vivre.

Parmi eux, l’impuissance, l’infection urinaire, des fièvres… J’y reviens en détail ci-dessous.

Expliquer à un proche pourquoi l’acte médical que lui a prescrit son médecin risque de lui faire plus de mal que de bien est difficile.

En remettant en question cette décision, vous risquez d’inquiéter davantage votre interlocuteur, évidemment. Même si c’est pour son bien.

Pour que vous soyez armé le jour où vous ferez face à ce choix, pour vous ou un proche, je voudrais vous donner les résultats d’études scientifiques consacrées aux conséquences de la « biopsie de la prostate ».

Savez-vous lire le PSA ?

Depuis les années 1990, le taux de PSA est devenu une religion dans le diagnostic préliminaire du cancer de la prostate.

Un début de cancer de la prostate peut être :

  • Sans symptômes ;
  • Ou accompagné de difficultés et d’envies fréquentes d’uriner, voire de sang dans les urines.

Comme cette liste de symptômes n’est pas « propre » au cancer de la prostate, c’est la mesure d’une protéine dans le sang qui renseigne le médecin sur le risque du cancer : le fameux PSA.

Le PSA est une protéine fabriquée par cette glande située juste en-dessous de la vessie dont l’objectif est de réguler la fonction urinaire et de participer à la production du sperme (d’où le rôle de la prostate dans la vie sexuelle).

La mesure régulière du taux de PSA est un examen de routine pour les hommes après 50 ans.

Le taux normal de PSA a été fixé à 4 ng/ml.

Mais ce taux « normal » a deux défauts : il est arbitraire, et aveugle.

Je m’explique.

Un PSA élevé n’est pas forcément le signe d’un cancer !

Avec l’âge, le volume de la prostate augmente, ce qui est parfaitement normal. Or, le taux de PSA est proportionnel à ce volume. Plus vous êtes un homme âgé, plus votre prostate est volumineuse, plus votre PSA est élevé.

Un taux de PSA élevé ne veut donc pas forcément dire que vous avez un cancer.

Et avant de crier au cancer, il est important de parallèlement mesurer la prostate ; j’y reviens plus loin.

Par ailleurs le taux de PSA peut vite grimper en cas :

  • De prise de certains médicaments, notamment l’ibuprofène, un AINS (anti-inflammatoire non stéroïdien) ;
  • D’éjaculation dans les 24 à 48 heures précédant la mesure, (le PSA peut monter jusqu’à 0,8 ng/ml après l’éjaculation) ;
  • De diarrhée, de constipation importante ou de colite inflammatoire ;
  • D’activité sur une selle, comme le vélo ou l’équitation ;
  • D’infection de la prostate ou de la vessie ;
  • D’examens médicaux tels que le toucher rectal, l’échographie endorectale… ou la biopsie de la prostate !

Autrement dit : un PSA élevé peut être lié aux circonstances précédant le prélèvement, ou à n’importe quelle maladie non cancéreuse comme la prostatite (inflammation de la prostate) ou l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP).

Cette hypertrophie de la glande concerne l’immense majorité des hommes d’âge mûr. Elle peut être simultanée d’un cancer, mais ne dégénère jamais, elle-même, en cancer[4].

Enfin je ne veux pas rajouter à la confusion mais… un taux de PSA « normal » n’est pas forcément le signe de l’absence de cancer[5] !

Alors voilà le problème : un taux de PSA plus élevé que d’habitude encourage souvent les urologues à embrayer directement sur une biopsie pour confirmer ou infirmer la présence d’un cancer.

Cet enchaînement direct mesure du PSA – biopsie pose des problèmes importants, avec parfois des conséquences dramatiques.

Le très lourd casier judiciaire de la biopsie

La biopsie est un examen traumatisant pour beaucoup d’hommes ; le premier dégât est psychologique évidemment, puisqu’on parle immédiatement de cancer au patient.

Les effets secondaires qui suivent immédiatement la biopsie peuvent être :

  • Fièvre et douleurs ;
  • Saignements abondants, pouvant nécessiter une transfusion ;
  • Troubles de l’érection pouvant persister 6 mois après l’examen[6] ;
  • Infection et/ou des troubles urinaires qui nécessiteront une hospitalisation[7].

Ces effets secondaires ne concernent pas une minorité des patients subissant une biopsie, mais 30 % d’entre eux !

On soupçonne également la biopsie d’aggraver, voire de « réveiller » un cancer de la prostate latent du fait de l’inflammation provoquée par le prélèvement, même si ce lien n’a pas été formellement prouvé.

L’autre principal problème posé par la biopsie est… le diagnostic suivant l’examen. C’est souvent :

  • Soit un sous-diagnostic,
  • Soit un sur-diagnostic.

Le sous-diagnostic : une fois sur cinq, le prélèvement loupe la zone tumorale ! Il y a pourtant une démarche simple à effectuer pour éviter cette erreur – j’y reviens.

Le sur-diagnostic : lorsqu’elle est positive, la biopsie révèle la présence d’un « adénocarcinome de la prostate ». Autrement dit, une tumeur.

Le problème, c’est que la présence de cellules cancéreuses dans la prostate… c’est normal, ou presque !!!

À 80 ans, 80 % des hommes sont en effet porteurs de cellules cancéreuses dans la prostate !

Les cellules cancéreuses révélées par la biopsie sont en effet à un stade initial, qui n’évolueront probablement jamais vers un cancer cliniquement décelable !

Je reviendrai dans une deuxième lettre sur la conséquence trop fréquente du sur-diagnostic : le sur-traitement.

Alternatives à la biopsie

Vous l’avez compris, la priorité des priorités, en cas de PSA trop élevé, est d’éviter la prescription immédiate d’une biopsie.

L’imagerie médicale est en effet une étape que tout patient dont le PSA a été mesuré en hausse devrait demander en priorité, pour trois raisons.

Je vous disais plus haut que le taux de PSA est proportionnellement lié à la taille de la prostate.

Voici l’équivalence généralement admise : 10 grammes de prostate = 1 point de PSA.

Si l’échographie évalue la taille de votre prostate à 50 grammes, une PSA « normale » dans votre cas avoisinera donc les 5 points.

Une IRM doit permettre de localiser une tumeur s’il y en a une.

Si la tumeur est modeste et surtout bien circonscrite, il n’y a a priori pas de raison de pratiquer une biopsie. Il faudra effectuer des examens réguliers afin de la surveiller.

La plupart des tumeurs détectées restent en effet localisées et peu, ou pas, évolutives.  Une fois de plus, le cancer de la prostate a une évolution très lente !

Les cas de cancers de la prostate agressifs sont l’exception, non la règle : un homme sur dix seulement risque de développer des métastases[8].

En cas de découverte effective d’une tumeur nécessitant une biopsie, l’imagerie médicale permet au médecin pratiquant la biopsie de ne pas ponctionner « à l’aveugle ».

Je vous disais au sujet des biopsies que, une fois sur cinq, elles manquent la zone tumorale. Une imagerie médicale en amont permet de mieux « viser », et donc de ne pas faire subir au patient cet examen risqué pour rien.

À vous de choisir votre dépistage

Avant même l’étape de l’IRM ou de l’échographie, un examen peu agréable mais moins risqué comme le toucher rectal permet à l’urologue de se faire une première idée de la suite des examens pertinents à effectuer.

Ensuite, en fonction des résultats de ces différents examens (PSA, toucher rectal, IRM…), et toujours avant la biopsie, il est possible de procéder à un dépistage plus précis : celui du PCA3.

Cette mesure se fait par test urinaire. Le PCA3 est un gène qui s’exprime spécifiquement en cas de cancer de la prostate : c’est donc un indice fiable.

Cependant, cela ne change rien au fond du problème : même si l’on vous diagnostique un cancer de la prostate, il y a de fortes chances que vous n’en décédiez pas.

Pour la plupart des autres cancers, le diagnostic précoce augmente significativement les chances de survie, mais le cancer de la prostate évolue, lui, si lentement, que cela ne fait guère de différence à long terme.

Il s’agit donc de ne pas tomber dans le piège tendu par un dépistage trop tôt de ce cancer : croire que vous gagnerez en années de vie, en perdant en qualité de vie (incontinence, impuissance etc.).

J’y consacrerai une prochaine lettre à part entière.

D’ici là, vous pouvez me laisser vos commentaires à cette lettre ici.

Portez-vous bien,

Rodolphe Bacquet


Sources :

[1] Voir la source « Movember», Wikipédia

[2] Voir la source Rodolphe Bacquet « Le cancer du sein est un fléau, Octobre rose aussi », dans Alternatif Bien-Être, le 14 octobre 2026

[3] Voir la source

[4] Voir la source Monda, J. M., et al. « L’antigène prostatique spécifique ne permet pas de distinguer le cancer de la prostate de stade T1a de l’hyperplasie bénigne de la prostate », dans National Library of Medicine, mai 1994

[5] Voir la source Catalona, W. J., et al. “ Dosage de l’antigène prostatique spécifique dans le sérum comme test de dépistage du cancer de la prostate”, dans National Library of Medicine, avril 1991

[6] Voir la source Altug Tuncel., et al. “Impact de la biopsie prostatique transrectale à l’aiguille sur la function érectile…”, dans National Library of Medicine, avril 2014  

[7] Voir la source Ehdaie B, et al., “Impact des biopsies répétées sur les complications infectieuses chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate sous surveillance active”, dans National Library of Medicine, mars 2014

[8] Voir la source Freddie C. Hamdy et al.,” Résultats à 10 ans après surveillance, chirurgie ou radiothérapie pour un cancer de la prostate localisé” dans National Library of Medicine, le 13 octobre 2016

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