Chers amis,
Celles et ceux d’entre vous qui me lisent depuis longtemps savent que je suis revenu d’Okinawa, il y a neuf ans, avec un goût prononcé pour le matcha.
J’avais tellement été ébloui par cette découverte, notamment pour ses bienfaits santé, que je me suis même mis, à l’époque, à en faire venir en France, par un petit producteur bio du Japon.
C’était une autre époque. Il y a neuf ans, en Europe, le mot – et la saveur – du Matcha n’étaient connus que d’une toute petite communauté d’amateurs avertis.
Pour trouver du matcha dans le commerce il fallait se lever tôt !
Aujourd’hui, les choses ont considérablement changé.
Le matcha est hype. À la mode, si vous préférez.
Il est sorti des maisons de thé traditionnelles et raffinées pour envahir les bars et les cafés bobos sous forme de « matcha latte » où il est mélangé, mixé, au choix, à du lait d’avoine, de la poudre de cannelle, du sirop de citrouille … il s’est invité comme saveur ajoutée dans des yaourts, des gâteaux, des cookies, des boissons protéinées…
Plus un café désormais qui ne propose son matcha latte, ni un glacier qui n’ait son option boule au matcha.
Il y a à tout cela deux conséquences principales :
- Le matcha est devenu un ingrédient industriel, désormais produit en masse et, donc, souvent, avec une exigence et un soin bien moindres ;
- Le changement de mode de production globale mais aussi de consommation en fait une boisson bien moins intéressante d’un point de vue nutritionnel, si l’on n’y prend garde.
Le matcha, un trésor dénaturé
J’ai consacré plusieurs lettres, il y a sept à huit ans, aux extraordinaires qualités du matcha. Vous pouvez retrouver ces lettres en tapant le mot-clé « matcha » dans la barre de recherche de mon site www.alternatif-bien-etre.com.
Pour rappel, à toutes fins utiles, le matcha est une poudre de thé vert entier, riche en catéchines, notamment l’EGCG (épigallocatéchine gallate).
Ces polyphénols sont étudiés pour leurs propriétés antioxydantes et leurs bienfaits sur la santé cardiovasculaire et métabolique.
Le fait que les feuilles de thé soient réduites en une poudre très fine, bues (traditionnellement) avec de l’eau à 80°c, et non pas seulement infusées, est en grande partie l’origine des exceptionnelles qualités du matcha. J’y reviendrai un peu plus loin.
Son mode de culture, et de récolte, rentre aussi en compte. Le matcha contient à la fois de la caféine et de la L-théanine, un acide aminé que l’ombrage des théiers, avant la récolte, fait augmenter. Les essais qui associent ces deux molécules montrent un effet positif sur l’attention et la vigilance[1].
Bon, mais voilà. Le matcha était un thé réservé à l’élite japonaise. Pour obtenir un produit d’un tel raffinement, il faut beaucoup de temps et de soin.
La demande exubérante en matcha de l’Occident en a fait un produit industriel, produit n’importe où, n’importe comment, notamment en Chine, et à grands renforts de pesticides.
Entendons-nous : le Japon recourt lui-même depuis longtemps aux pesticides dans la culture même du matcha. Celui que je fais venir est certifié bio et sans pesticides (il en reste quelques sachets en stock)… mais il demeure vraiment une exception.
Car le matcha qui s’est désormais déversé comme un tsunami sur le marché est, hélas, moins « clean ».
Matcha : moins il est cher, plus il est pollué
Le 24 septembre dernier, le magazine « Que Choisir » a publié les résultats de son test portant sur sept matchas, dont quatre bio[2].
Les sept contenaient de l’aluminium.
Quatre dépassent, en une seule tasse par jour, la valeur de référence de l’Anses pour un adulte de 70 kg. Le plus chargé atteint, je cite, « presque quatre fois la valeur de référence en une seule tasse ».
Et Que Choisir de conclure : « Globalement, les moins chères sont les pires sur la plupart de nos critères. »
Précision importante : aucun de ces produits n’est hors la loi. Il n’existe tout simplement pas, en Europe, de teneur maximale en aluminium pour le thé.
« Que Choisir » a eu des prédécesseurs en Europe.
En Autriche, le VKI (la principale association de défense des consommateurs) a testé quatorze matchas en mai 2026, dont onze bio[3]. Les bio étaient les moins chargés en aluminium et en plomb.
La conclusion, que vous pouvez d’ores et déjà noter : pas plus de trois grammes de poudre par jour, et pas de matcha pour les enfants.
En Allemagne, Stiftung Warentest a publié en avril 2026 les résultats d’un test tchèque (dTest) sur douze produits[4]. Aluminium : de 1 à 11 mg par tasse selon le produit. Le magazine calculait qu’une femme de 60 kg qui boit une seule tasse par semaine du plus chargé consomme déjà environ 20 % de sa dose hebdomadaire tolérable !
Cependant.
En Bavière enfin, l’office de sécurité sanitaire (LGL) a mesuré l’aluminium dans 29 échantillons en 2024 et a, lui, décelé de 330 à 2 661 mg par kilo, 1 149 en moyenne[5], et conclut qu’avec une à trois portions par jour, il n’attend « aucune atteinte à la santé ».
Comment des teneurs du même ordre peuvent-elles donner des verdicts aussi différents ?
Tout dépend de la règle suivie.
L’office bavarois ne précise pas son seuil. Le repère européen, celui de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), est une dose hebdomadaire tolérable fixée en 2008 : 1 mg d’aluminium par kilo de poids corporel et par semaine, soit, ramené à la journée, environ 143 microgrammes par kilo[6].
Que Choisir raisonne avec la nouvelle valeur de l’Anses, publiée en mai 2025 : 40 microgrammes par kilo et par jour[7]. Elle est environ trois fois et demie plus stricte.
Les mesures ne se contredisent donc pas, ce sont les seuils qui diffèrent. Et ce n’est pas un détail : selon l’Anses, 39 % des adultes et 76 % des enfants dépassent déjà sa valeur avec leur alimentation habituelle, et les boissons chaudes sont la première source d’aluminium des adultes.
Le matcha s’ajoute à toutes les autres (et nombreuses sources) d’aluminium, il ne les remplace pas.
Autrement dit : oui, le matcha, même bio, est chargé en aluminium… mais c’est le prix de son mode de production : le théier est une plante qui accumule l’aluminium. Il pousse sur des sols souvent volcaniques, et il le stocke dans ses feuilles.
Or, avec le matcha, on consomme la feuille entière, réduite en poudre.
C’est le paradoxe du matcha. Ce qui fait sa richesse, la feuille entière, fait aussi sa faiblesse. Vous absorbez ses exceptionnels antioxydants et, avec eux, tout ce que la plante a puisé dans le sol.
Le matcha est riche en aluminium, c’est vrai. Mais ce que je retiens de ces études, c’est que le vrai danger est ailleurs.
Le vrai danger du matcha tient aux pesticides des marques non-bio et « bas de gamme »
En réalité, l’aluminium n’est pas le plus préoccupant.
Car il y a une autre question, beaucoup moins souvent posée lorsqu’on commande son matcha latte à 5 ou 6 euros : contient-il des pesticides ?
Le théier est une culture qui peut être exposée à de nombreux ravageurs. Pour protéger les récoltes, les producteurs peuvent donc recourir à des insecticides, à des acaricides et à des fongicides.
Le problème n’est, une fois encore, pas propre au Japon. Il n’est pas non plus réservé aux productions chinoises. On peut trouver des résidus de pesticides dans des thés de différentes origines, y compris dans des produits qui ont l’apparence rassurante d’un produit haut de gamme.
Et attention : je ne suis pas en train de vous dire que tous les matchas sont contaminés, ni que toute trace de pesticides rend automatiquement une boisson dangereuse. Ce serait inexact.
Je vous invite simplement à regarder ce que vous buvez réellement.
Je le répète : lorsque vous préparez un thé vert classique, vous faites infuser les feuilles dans de l’eau chaude, puis vous les retirez. Une partie des substances qu’elles contiennent passe dans votre tasse ; une autre reste dans les feuilles.
(Si vous vous faites du thé en sachet, vous avalez une quantité phénoménale de microplastiques… mais ceci est une autre histoire.)
Avec le matcha, comme les feuilles sont réduites en une poudre extrêmement fine que vous mélangez à l’eau avant de la boire, vous ne consommez donc pas seulement ce que les feuilles ont libéré dans l’eau : vous ingérez la feuille elle-même, avec les substances qu’elle contient encore.
C’est précisément, je le répète une nouvelle fois, ce qui rend le matcha si intéressant sur le plan nutritionnel : vous bénéficiez de l’ensemble de ses constituants, et pas seulement de ceux qui passent dans une infusion.
Mais c’est aussi ce qui mérite votre vigilance avec les matchas industriels.
Une étude publiée en 2025 dans la revue Toxics s’est ainsi intéressée à six insecticides de la famille des néonicotinoïdes dans 137 échantillons de thés commercialisés en Chine[8].
Les chercheurs ont retrouvé des résidus de ces substances dans plusieurs catégories de thés et constaté que certaines concentrations dépassaient les limites maximales européennes applicables.
Acheter du matcha bio est un critère de choix pertinent.
La certification biologique encadre les pratiques de production et l’emploi des pesticides. Elle ne signifie pas qu’aucun résidu ne pourra jamais être détecté, ni qu’un produit sera nécessairement exempt de métaux comme l’aluminium, que la plante peut accumuler naturellement…
… Mais le meilleur réflexe consiste bien à rechercher un produit dont l’origine est clairement indiquée, auprès d’un producteur ou d’un vendeur capable de fournir des informations sérieuses sur sa qualité et ses contrôles.
Méfiez-vous, en particulier, des poudres vendues à des prix dérisoires et des produits dont la provenance est vague.
Un prix élevé ne garantit pas davantage l’absence de contaminants, mais le prix le plus bas ne devrait pas être votre seul critère de choix.
Et si le problème était aussi notre façon de boire le matcha ?
J’en viens maintenant à une autre dérive, plus occidentale, celle du fameux matcha latte.
Quand j’ai commencé à faire la promotion du matcha, je faisais également la promotion de sa préparation traditionnelle : avec de l’eau à 80°c, et un fouet en bambou.
Personne ou presque ne consomme ainsi son matcha.
Vous ne trouverez jamais de « matcha simple » dans les cafés, mais systématiquement des « matcha latte ».
Soyons clairs : ajouter du lait au matcha ne transforme pas magiquement une bonne boisson en poison. Les études sur les interactions entre les protéines du lait et les catéchines du thé sont contradictoires[9].
Elles ne permettent pas d’affirmer que le lait annule systématiquement les bienfaits du matcha.
Le problème est ailleurs.
Dans la préparation traditionnelle, on mélange une petite quantité de poudre à de l’eau chaude, puis on fouette la préparation jusqu’à obtenir une boisson homogène et mousseuse.
Dans sa version occidentale, le matcha se retrouve parfois noyé sous le lait, les sirops, le sucre et les arômes. Il devient alors moins une manière de savourer le thé qu’un ingrédient dans une boisson gourmande… à fort index glycémique.
Or, il y a une différence entre boire du matcha et boire une boisson sucrée au matcha.
Si votre matcha latte contient une quantité importante de sirop ou de sucre ajouté, ses qualités nutritionnelles ne sont évidemment plus les mêmes que celles d’un matcha simplement préparé avec de l’eau.
Le lait, lui, n’est pas l’ennemi. Il apporte même des nutriments intéressants, selon qu’il est animal ou végétal. Quant à l’idée que le lait d’avoine serait systématiquement meilleur que le lait de vache pour préserver les antioxydants, les preuves disponibles ne permettent pas de l’affirmer.
Les laits végétaux sont même, en réalité, moins intéressants sous le rapport des glucides puisqu’ils sont généralement truffés de sucres ajoutés (sinon ils n’ont guère de goût).
La question est donc moins de savoir si vous avez le droit de mettre du lait dans votre matcha que de vous demander ce que vous ajoutez réellement à votre tasse, et surtout quelle qualité de matcha vous utilisez au départ.
Car une poudre de qualité médiocre, même bio, ne devient pas exceptionnelle parce qu’on la mélange à du lait d’avoine et qu’on la sert dans un joli verre.
Devez-vous renoncer au matcha ?
Au bout du compte, devez-vous renoncer au matcha ?
Certainement pas.
Je continue à considérer le matcha comme un produit fabuleux, à condition de bien le choisir.
Il est temps de revenir à quelques principes simples :
- Choisissez un matcha dont l’origine est clairement identifiée, idéalement certifié bio.
- Privilégiez un vendeur capable de renseigner ses clients sur les contrôles de qualité et les analyses de contaminants.
- Évitez de multiplier les grandes portions par jour : avec une poudre que l’on consomme intégralement, la quantité compte.
- Préparez-le simplement, avec de l’eau, ou avec un peu de lait si c’est ainsi que vous l’appréciez. Limitez surtout les sucres et les sirops ajoutés.
Je vous recommande, à titre personnel, le matcha certifié bio de Bionarel, qui est à ma connaissance celui apportant le plus de garanties sur sa qualité :

C’est celui que, pour ma part, je continue à boire, à raison d’une tasse par jour. Mais j’ai bien conscience que je prêche pour ma paroisse.
Vous pouvez le commander ici.
Portez-vous bien,
Rodolphe
Sources :
[1] Voir la source Gail N Owen, « Les effets combinés de la L-théanine et de la caféine sur les performances cognitives et l’humeur, dans National Library of Medicine, août 2008
[2] Voir la source Casalegno E. et Dos Santos L.,« Matchas : alerte à l’aluminium (vidéo) », dans Que Choisir, 24 septembre 2026
[3] https://konsument.at/matcha26, et Voir la source VKI / Konsument (Autriche), avec l’AK Steiermark, « test de 14 matchas », 19 mai 2026
[4] Voir la source Stiftung Warentest, « Kritische Stoffe : Matcha-Tee nur in Maßen genießen», 6 avril 2026)
[5] Voir la source LGL Bayern (Bayerisches Landesamt für Gesundheit und Lebensmittelsicherheit), contrôles 2024 du matcha.
[6] Voir la source EFSA, groupe scientifique AFC, « Sécurité de l’aluminium provenant de l’alimentation », EFSA Journal 2008, adopté le 22 mai 2008
[7] Anses, avis de mai 2025 (saisine 2023-MPEX-0137), valeur toxicologique de référence de l’aluminium par voie orale : 40 µg/kg/j. https://www.anses.fr/sites/default/files/AP-VSR2023-MPEX-0137-RA.pdf ; Anses, 12 février 2026, « EAT3 : Acrylamide et éléments traces métalliques dans l’alimentation, une exposition toujours préoccupante ». https://www.anses.fr/fr/content/eat3-acrylamide-elements-traces-metalliques-lalimentation-exposition-preoccupante ; avis EAT3 : Voir la source
[8] Voir la source Giovanna Tranfo « Résidus de néonicotinoïdes dans les produits à base de thé provenant de Chine : profils de contamination et implications pour l’exposition humaine », dans MDPI, le 29 juin 2025
[9] Voir la source Ali Rashidinejad « L’ajout de lait aux infusions de thé : bénéfique ou néfaste ? Données issues d’études in vitro et in vivo sur les propriétés antioxydantes », dans National Library of Medicine, le 13 octobre 2017