Chers amis,

L’amour – s’il est partagé et respectueux – rend heureux, c’est entendu.

C’est, vous l’avez vu dans mes précédentes lettres sur le sujet, autant une affaire d’émotion que de biochimie.

Pas d’amour, ni de désir ou d’attachement, sans « alchimie » hormonale ; pas d’émois sans de nouvelles et très spécifiques, et pour tout dire extraordinaires, connexions neurobiologiques, qui vont du cerveau aux orteils en passant par le ventre et le cœur.

Se demander qui de l’émotion ou de son expression neuroendocrinologique arrive la première sur scène, revient à poser la question de l’œuf ou de la poule.

D’aucuns répondront à cette question en parlant d’âme (et d’âme sœur). Sans doute, mais c’est une réponse qui appartient à l’intime et à la foi, et je ne suis pas théologien.

Je vous reviens donc aujourd’hui pour aborder, comme promis dans ma lettre de mercredi dernier sur l’ocytocine[1] (merci d’ailleurs pour tous vos commentaires enthousiastes sur Trustpilot au sujet de cette lettre !) du « second effet kiss cool » de l’amour, à savoir ses incroyables bienfaits sur la santé.

Personne ne tombe amoureux pour être en bonne santé ; et pourtant c’est l’une des plus spectaculaires « retombées » positives de l’amour dans l’existence, abondamment documentée par la recherche…

… et, peut-être, éprouvée par vous qui me lisez !

L’amour, entre autres grâce aux sécrétions hormonales qu’il favorise aux différents stades d’une relation (auxquelles j’ai consacré plusieurs lettres détaillées ces dernières semaines – je vous invite à les consulter directement sur mon site si vous les avez manquées) agit à bien des égards comme un médicament.

Un médicament multifonction : antihypertenseur, antiinflammatoire, antidépresseur, antiviral… entre autres.

Cet effet santé commence dès la « première phase » d’une relation amoureuse, c’est-à-dire lorsque vous tombez amoureux.

En 2018, une étude, menée par des chercheurs en psycho-neuroendocrinologie, sur 47 jeunes femmes durant deux ans examinait l’influence des premiers émois amoureux sur la régulation des gènes liés au système immunitaire.

Résultats : lorsque l’on tombe amoureux, on observe une surexpression des gènes de réponse immunitaire face aux infections virales[2].

On dit que l’amour est plus fort que la mort, mais il est aussi, littéralement, plus fort qu’un vaccin : il booste l’ensemble de votre système immunitaire, en en faisant une sorte de « bouclier » universel face aux agressions extérieures.

Cet effet est renouvelé à chaque fois que vous faites l’amour, le cocktail hormonal libéré par l’orgasme renforçant de façon observable l’efficacité des défenses immunitaires[3].

Naturellement, cela ne signifie pas qu’amoureux, vous devenez invulnérable ni indestructible ; mais vous êtes plus fort, plus solide, mieux protégé, aussi bien d’un point de vue psychologique qu’immunitaire.

Cette « force » inhabituelle que confère l’amour dans sa manifestation la plus aiguë s’exprime de façon imagée dans beaucoup de proverbes : on dit que l’amour donne des ailes, qu’il déplace des montagnes…

… Mais il fait encore mieux que ça : il prolonge la vie !

Je ne vais pas ici vous faire la (longue) liste des études détaillant les bienfaits santé de l’amour, mais simplement m’attarder sur quelques aspects particulièrement remarquables.

Une revue d’études effectuée il y a une vingtaine d’années résume : « L’amour peut activer des zones du cerveau responsables des émotions, de l’attention, de la motivation et de la mémoire (c’est-à-dire les structures limbiques), et contribuer à réguler le système nerveux autonome, notamment en réduisant le stress. Ce schéma d’activité spécifique du système nerveux central semble exercer des effets protecteurs, même sur le cerveau lui-même. De plus, les effets anxiolytiques des expériences agréables pourraient s’expliquer par la promotion d’un tonus inhibiteur dans certaines zones cérébrales.[4] »

Quelques études très spécifiques ont exploré les bienfaits de l’amour durable, et surtout de ses manifestations quotidiennes : dans les années 1980, une étude allemande concluait par exemple que les maris embrassant leur femme le matin avant de partir travailler vivaient plus longtemps (en moyenne cinq ans de plus) que ceux ne le faisant pas[5] (petit bonus : ils gagnaient également mieux leur vie !) !

Les maris n’embrassant pas leur femme avaient également un risque majoré… d’accident de voiture !

Vu comme ça, ce phénomène pourrait paraître magique, ou même simplement psychologique (l’étude était d’ailleurs menée par un institut de recherche psy) ; et c’est vrai : si vous commencez votre journée avec un geste d’amour, soit une attitude plus positive que négative, vous avez de meilleures chances qu’elle se déroule bien.

Mais c’est oublier – ou minorer – les bienfaits physiologiques sonnants et trébuchants, qu’offrent les gestes d’amour.

Vous connaissez déjà les bienfaits que procurent les câlins, les étreintes, les caresses, favorisant la sécrétion d’ocytocine.

Mais le seul fait de passer du temps de qualité avec la personne que vous aimez suffit déjà à abaisser les marqueurs biologiques du stress.

Ainsi, une étude publiée en 2023 établissait que plus vous passez de temps avec votre amoureux, moins les niveaux de protéine C-réactive – un marqueur de l’inflammation – sont élevés ; autrement dit l’amour réduit l’inflammation[6] !

Or, quand on sait que l’inflammation chronique fait le lit de ce qu’on appelle les « maladies de civilisation » (maladies cardio-vasculaires, diabète, cancer, maladies neurodégénératives…) cette donnée n’est pas à écarter un revers de la main…

Ce n’est pas tout : les personnes qui dorment ensemble ont statistiquement un meilleur sommeil que celles qui dorment seules[7] ; je sais que l’exception existe, et que si votre partenaire ronfle ou gigote cela peut vous empêcher de dormir… mais, dans l’ensemble, vous synchronisez votre sommeil avec votre partenaire de dodo, et cela engendre un cercle vertueux d’auto-renforcement du sommeil paradoxal.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Globalement, il est reconnu que la mortalité des personnes mariées est plus faible et leur espérance de vie plus longue que celles des personnes non mariées.

En 2020, une méta-analyse portant sur 165 000 sujets américains âgés de plus de 65 ans confirmait que les hommes et les femmes mariés bénéficiaient d’une espérance de vie totale et active plus longue que les célibataires[8].

Je suppose que ces bienfaits s’annulent si vous ne pouvez plus voir votre conjoint en peinture… mais les statistiques et les études confirment ce que l’on savait déjà : pour vivre vieux et heureux, mieux vaut vivre à deux.

Si l’amour fait à cet égard figure de médicament universel, pour autant aucun médecin ne peut prescrire de l’amour sur ordonnance.

Est-ce à dire pour autant que, si vous ne vivez pas en couple ou n’êtes pas amoureux, vous êtes destiné à finir prématurément vos jours seul, misérable et malade ?..

Évidemment pas ! Et ce pour une simple et bonne raison : les bienfaits psycho-physiologiques de l’amour ne se résument pas à l’amour « romantique ».

Je m’en suis, à dessein, essentiellement tenu pour cette série à une définition « romantique » de l’amour.

Rassurez-vous, je n’ignore ni ne méconnais la nature et la force de l’amour dit altruiste, désintéressé ou encore inconditionnel.

Cet amour, prôné par la plupart des grandes religions (« aimez-vous les uns les autres »), n’est, en toute honnêteté, plus guère à la mode dans notre société égocentrée.

Ses manifestations chez celles et ceux qui en font preuve sont d’autant plus belles et méritoires.

Et, bien que tourné vers les autres, cet amour altruiste, compassionnel et inconditionnel a, sachez-le, de tout aussi puissants pouvoirs sur la santé de la personne qui en fait preuve, que l’amour romantique.

Chez des personnes âgées de Floride, celles qui déclarer donner et recevoir de l’amour envers et de la part de personnes hors de leur cadre familial, jouissaient d’un bien-être psychologique significativement plus élevés, et de marqueurs de la dépression plus bas ou inexistants[9].

Vous comprenez – et savez sans doute déjà – que dans cette affaire, l’ennemi mortel, c’est la solitude, associée à un risque accru de dépression, de déclin cognitif et de décès prématuré[10].

Dans plusieurs des études que j’ai citées auparavant, c’est en réalité bel et bien la solitude et l’isolement qui sont des critères déterminants ; après tout on peut tout aussi bien être en couple et se sentir seul, mal-aimé, qu’être célibataire et cependant rayonner d’amour.

Une étude britannique a, dans ce sens, établi il y a dix ans un lien très net, chez les personnes âgées, entre le volontariat (ou bénévolat) et une meilleure espérance de vie[11] : « Les bénévoles valides présentaient une survie significativement supérieure à celle des non-bénévoles valides », soulignent même les auteurs.

Rien de nouveau sous le soleil ; ceux qui suivent depuis… dix ans également !… mes lettres sur les zones bleues, et notamment Okinawa, savent déjà à quel point l’Ikigaï, le fait de se consacrer à une cause qui nous dépasse, et souvent tournée vers autrui, « entretient » non seulement la vie, mais la jeunesse.

Bien d’autres études établissent ce lien puissant entre altruisme, bonheur et santé : un article (en anglais[12]) intitulé Altruism, Happiness, and Health passe en revue plusieurs décennies de recherches en psychologie, médecine et sciences sociales montrant une corrélation robuste entre l’altruisme et une meilleure santé mentale et physique ainsi qu’une plus grande longévité.

L’auteur, Stephen G. Post,insiste sur un point clé :donner est souvent plus bénéfique pour la santé que recevoir.

À l’inverse, l’isolement social, l’égocentrisme et le stress chronique sont liés à une dégradation de la santé et à un vieillissement accéléré.

Les grands textes religieux, de la Bible aux enseignements du Dalaï-Lama, ne disent pas autre chose, me direz-vous ; mais de fait, ce « don », qui ne se résume évidemment pas à verser quelques pièces lors de la quête à la messe ou à une association humanitaire, ne peut se faire sincèrement sans cette forme d’amour inconditionnel dont je parlais.

L’auteur, en bon psy laïc, propose plusieurs mécanismes pour expliquer ce lien entre altruisme et santé :

  1. Psychologiques : sens donné à la vie (l’Ikigaï de nos amis japonais), meilleure estime de soi, émotions positives qui neutralisent la peur, la colère et la dépression.
  2. Physiologiques : réduction des hormones du stress (cortisol), amélioration de la fonction immunitaire, désactivation prolongée de la réponse « combat-fuite ».
  3. Évolutionnaires : l’altruisme aurait été sélectionné car il favorise la survie des groupes et la transmission intergénérationnelle (rôle des grands-parents, entraide).

Voici, donc, pour les pouvoirs santé de l’amour, qu’il s’agisse de celui que vous portez à votre partenaire, à vos enfants, aux membres de votre famille, ou au-delà à autrui et à l’humanité, voire au vivant en général !

A présent, je vous écoute : quels bienfaits vous ont apporté, dans votre existence, l’amour que vous portez ou avez porté à une personne spécifique, ou l’amour « inconditionnel » ?

Vous pouvez me répondre en commentaire, je vous lirai avec attention et intérêt.

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] https://alternatif-bien-etre.com/alternatif-bien-etre/ocytocine-mon-amour/ – Rodolphe Bacquet, « Ocytocine mon amour », site d’Alternatif Bien-Être, 7 janvier 2026

[2] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6333523/?utm – Damian R Murray, Melissa Fales et al, « Falling in Love in Associated with Immune System Gene Regulation », in Psychoneuroendocrinology, 2 octobre 2018

[3] https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/sexualite-orgasme-booste-t-il-systeme-immunitaire-20268   – « L’orgasme booste-t-il le système immunitaire ? », in Futura Sciences, 27 décembre 2024

[4] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15990734/ – Tobias Each & George B Stefano, « Love promotes health », in Neuro Endocrinology Letters, juin 2005

[5] https://www.psychologytoday.com/us/blog/stronger-at-the-broken-places/201907/kissing-adds-years-to-your-life – Gary Drevitch, « Kissing Adds Years to Your Life », in Psychology Today, 16 juillet 2019

[6] https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0889159122003828 – Tatum A Jolink, Baldwin M Way et al, « Everyday co-presence with a romantic partner in associated with lower C-reactive protein », in Brain, Behavior and Immunity, vol.  107, janvier 2023

[7] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7330166/ – Henning Johannes Drews et al, « Bed-Sharing in Couples in Associated with Increased and Stabilized REM Sleep and Sleep-Stage Synchronization », in Frontiers in Psychiatry, 25 juin 2020

[8] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352827320302792?via%3Dihub – Haomiao Jia & Erica I Lubetkin, « Life expectancy and active life expectancy by marital statut among older US adults: Results from the US, Medicare Health Outcome Survey (HOS) », in SSM Population Health, vol.12, décembre 2020

[9] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7813188/ – Eva Kahana et al, « Loving Others : the Impact of Compassionate Love on Later-Life Psychological Well-being », in Journal of Gerontology Series B Psychological Sciences ans Social Sciences, 30 octobre 2020

[10] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9766551 – Nirmala Lekhak et al, « Compassionate Love and Loneliness : Later Life Mental Health in the United States », in Innovation in Aging, 20 décembre 2022

[11] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5971845 – Nina Trivedy Rogers et al, « Volunteering in associated with increased survival in able-bodied participants of the English Longitudinal Study of Ageing », in Journal Epidemiologic Community Health, 28 mai 2018

[12] https://greatergood.berkeley.edu/images/uploads/Post-AltruismHappinessHealth.pdf – Stephen G. Post, « Altruism, Happiness and Health: it’s Good to be Good », in International Journal of Behavioral Medicine, vol. 12, n°2, 2005