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CerveauMaladies4 novembre 202610 min0 vues
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Vous connaissez l’axe intestin-cerveau… Mais cet autre organe surprenant influence aussi votre cognition

Rodolphe Bacquet 4 novembre 2026

Chers amis,

De façon assez cocasse, la recherche médicale démontre année après année que la direction prise par notre système de santé est à contre-courant de ce que l’on découvre sur le corps humain.

Si vous avez la chance (de plus en plus rare) d’avoir un médecin généraliste réellement savant, curieux, à l’écoute et « universel », il pourra vous faire profiter de sa vision globale de la santé.

Si vous n’avez pas cette chance, il se contentera soit de vous prescrire des molécules chimiques, soit de vous renvoyer vers l’un de ses confrères spécialistes.

Toute la médecine, en France, en 2026, est partagée entre des spécialistes qui ne voient votre santé que par le petit bout de leur lorgnette de prédilection : votre cardiologue, votre gastro-entérologue, votre néphrologue, votre endocrinologue, etc.

Le problème est que, sortis de leur « domaine de compétence », ces spécialistes n’entendent pas grand-chose aux spécialités des autres.

Or la recherche biomédicale contemporaine redécouvre, études à l’appui, ce que les médecines traditionnelles savaient parfaitement : tout est lié.

Quand je dis « tout », je ne parle pas seulement du corps et de l’esprit ; je parle également de tous les organes du corps, aussi éloignés et dotés de fonctions différentes soient-ils.

Ces associations, ces communications et ces influences mutuelles continuent de surprendre les chercheurs contemporains. Il est bon que vous les connaissiez.

Ligne directe pour le cerveau : il n’y a pas que votre intestin

Vous avez sans doute entendu parler de l’axe intestin-cerveau.

Ces dernières années, la recherche a considérablement enrichi nos connaissances sur les liens entre microbiote intestinal et cerveau.

Vous savez désormais que les milliards de micro-organismes qui peuplent votre intestin participent à des échanges complexes avec votre système nerveux, et qu’ils influencent votre humeur, votre réponse au stress et certaines de vos capacités cognitives.

Mais voici une autre découverte, bien moins connue : vos reins aussi entretiennent des liens étroits avec votre cerveau.

C’est le sujet d’une publication récente de l’Académie nationale de médecine, qui s’intéresse à ce que les chercheurs appellent désormais l’« axe rein-cerveau ».

Vos reins ne font pas que filtrer votre sang

Quand vous pensez à vos reins, vous imaginez peut-être deux petits organes en forme de haricot, chargés de fabriquer l’urine et d’éliminer vos déchets.

C’est vrai, mais leur rôle est bien plus vaste.

Chaque jour, vos reins filtrent votre sang, éliminent une partie des déchets issus du métabolisme, régulent la quantité d’eau et de sels minéraux dans votre organisme et contribuent au maintien d’une pression artérielle adaptée.

Ils participent également à la production de globules rouges en fabriquant une hormone appelée érythropoïétine, ainsi qu’à l’activation de la vitamine D, indispensable notamment à la santé osseuse et à l’immunité.

Autrement dit, vos reins contribuent à maintenir les conditions nécessaires au bon fonctionnement de nombreux organes.

Et votre cerveau ne fait pas exception.

Pour fonctionner correctement, celui-ci a besoin d’un apport constant en oxygène et en nutriments, d’une circulation sanguine efficace et d’un environnement chimique rigoureusement régulé.

Lorsque les reins commencent à fonctionner moins efficacement, cet équilibre peut se dégrader.

Quand vos reins souffrent, votre cerveau trinque

Dans une publication scientifique du Bulletin de l’Académie nationale de médecine, les médecins Ziad A. Massy et Marion Pépin ont passé en revue les données scientifiques qui relient la maladie rénale chronique aux troubles cognitifs[1].

Le constat est préoccupant : une diminution durable de la fonction rénale est associée à un risque accru de difficultés cognitives.

Ces difficultés peuvent toucher plusieurs fonctions du cerveau, mais les chercheurs observent notamment des atteintes de ce que l’on appelle les fonctions exécutives, c’est-à-dire, par exemple :

  • planifier une journée ou organiser une tâche ;
  • maintenir son attention malgré les distractions ;
  • passer d’une activité à une autre ;
  • prendre une décision et adapter son comportement ;
  • conserver plusieurs informations en mémoire le temps de les utiliser.

Ces capacités dépendent notamment de réseaux cérébraux impliquant les régions frontales.

Bien sûr, une difficulté à se concentrer ou un oubli occasionnel ne signifie pas que vos reins fonctionnent mal.

Le sommeil, le stress, l’âge, certains médicaments et de nombreuses autres causes peuvent intervenir.

Mais les travaux consacrés à l’axe rein-cerveau invitent à considérer la santé rénale comme l’un des facteurs susceptibles d’influencer votre santé cognitive.

Et pour comprendre pourquoi, il faut s’intéresser à ce que vos reins éliminent normalement.

Ces déchets dont vos reins empêchent normalement l’accumulation (et qui sinon perturbent votre cerveau)

Lorsque vos cellules fonctionnent, elles produisent des déchets.

C’est parfaitement normal. Les problèmes commencent quand ces substances s’accumulent dans l’organisme au lieu d’être éliminées efficacement.

Parmi elles figurent les toxines dites « urémiques », un ensemble de molécules dont la concentration peut augmenter lorsque la fonction rénale se dégrade.

Certaines proviennent du métabolisme de votre propre organisme. D’autres sont issues, directement ou indirectement, de l’activité de votre microbiote intestinal.

Prenez l’exemple de l’indoxylsulfate, une molécule produite à partir de substances issues de la dégradation du tryptophane par certaines bactéries intestinales, puis transformée par votre organisme.

Chez une personne dont les reins fonctionnent correctement, cette molécule est éliminée en partie par voie rénale.

En cas de maladie rénale chronique, elle peut s’accumuler dans le sang.

Or, des travaux expérimentaux suggèrent que certaines toxines urémiques peuvent favoriser le stress oxydatif, perturber le fonctionnement des cellules qui tapissent les vaisseaux sanguins et contribuer à des phénomènes inflammatoires[2].

D’autres molécules sont également étudiées pour leurs effets potentiels sur le système nerveux.

Le problème ne se résume donc pas à une accumulation de déchets : il concerne aussi les effets biologiques de ces substances sur vos vaisseaux et vos tissus, y compris ceux de votre cerveau.

Deux organes particulièrement sensibles à la circulation sanguine

Il existe une autre explication importante à la relation entre reins et cerveau : leurs vaisseaux sanguins.

Vos reins reçoivent une quantité considérable de sang, qu’ils filtrent en permanence.

Votre cerveau, lui aussi, dépend d’une circulation sanguine abondante et finement régulée.

Ces deux organes possèdent donc des réseaux vasculaires particulièrement sensibles aux perturbations de la circulation.

Or, l’hypertension artérielle, le diabète et l’athérosclérose peuvent endommager les vaisseaux sanguins et favoriser, au fil du temps, une détérioration de la fonction rénale comme de la santé cérébrale.

Une maladie rénale chronique peut elle-même s’accompagner de perturbations vasculaires susceptibles d’affecter le cerveau.

À cela peuvent s’ajouter l’anémie, l’inflammation chronique et des déséquilibres métaboliques.

Tous ces phénomènes peuvent se combiner et fragiliser les fonctions cognitives. C’est pourquoi il serait trop simple de résumer l’axe rein-cerveau à une seule histoire de toxines qui traverseraient le sang pour atteindre les neurones.

Il s’agit plutôt d’un ensemble de mécanismes interdépendants… mais le lien est abondamment documenté.

La bonne nouvelle, c’est que plusieurs facteurs de risque impliqués dans ces mécanismes peuvent être pris en charge.

Encore faut-il savoir comment !

Comment prendre soin de ses reins (et protéger aussi son cerveau) ?

Il n’existe pas, à ce jour, de méthode permettant de garantir la préservation des fonctions cognitives en agissant spécifiquement sur l’axe rein-cerveau.

En revanche, les mesures qui contribuent à protéger les reins et les vaisseaux sanguins sont bien établies.

Elles constituent une stratégie de prévention pertinente pour la santé générale, et donc aussi pour celle de votre cerveau.

Voici les principaux leviers à connaître :

L’hypertension artérielle est à la fois un facteur de risque majeur de maladie rénale chronique et une cause importante de lésions des vaisseaux cérébraux.

Lorsqu’elle persiste, elle peut endommager progressivement les petits vaisseaux qui irriguent les reins. En retour, les reins jouent eux-mêmes un rôle important dans la régulation de la pression artérielle.

Le diabète est une autre cause majeure de maladie rénale chronique.

Lorsque la glycémie reste trop élevée pendant une période prolongée, elle peut endommager les petits vaisseaux des reins. Le pré-diabète puis le diabète augmentent également le risque de complications cardiovasculaires et cérébrales.

Si vous êtes concerné, le suivi de votre glycémie, une alimentation adaptée, l’activité physique et, si nécessaire, un traitement médicamenteux sont importants.

L’objectif n’est pas de chercher à tout prix une glycémie particulièrement basse, mais de maintenir un équilibre adapté à votre situation.

La bonne nouvelle, c’est que le diabète est une maladie à évolution lente : il est donc toujours temps d’agir.

On entend souvent qu’il faut boire beaucoup d’eau pour « nettoyer » ses reins.

Cette formulation est trompeuse.

Les reins assurent naturellement la filtration du sang et l’élimination des déchets. Boire davantage que nécessaire ne les nettoie pas et ne garantit pas une meilleure fonction rénale.

En revanche, ajouter des électrolytes à l’eau que vous buvez lui permet de pénétrer correctement dans vos cellules et de mieux hydrater votre organisme.

Il y a des moyens simples, et désormais bien connus, pour ce faire : comme l’ajout de jus de citron ou de tranches de concombre dans l’eau.

Certains médicaments peuvent fragiliser les reins, particulièrement en cas de déshydratation, de maladie rénale préexistante ou d’association avec d’autres traitements.

C’est notamment le cas des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), comme l’ibuprofène ou le naproxène.

Cela ne signifie pas qu’une prise ponctuelle provoque systématiquement des lésions rénales. Le risque dépend notamment de la dose, de la durée d’utilisation, de l’état de santé et des autres médicaments pris.

Il n’existe pas de régime ni d’aliment miracle pour les reins.

En revanche, une alimentation variée, riche en végétaux, comprenant des légumineuses, des fruits, des légumes et des céréales complètes, et limitant les produits très salés et les aliments ultra-transformés, contribue à une bonne santé cardiovasculaire.

La réduction des apports excessifs en sel est particulièrement utile pour contribuer au contrôle de la tension artérielle.

Et, toujours le même conseil : une activité physique douce, adaptée, mais régulière (marche, vélo, jardinage). Les centenaires des zones bleues ne vont pas soulever de la fonte à la salle de sport, mais vont à pied voir leurs amis !

Une maladie rénale chronique peut évoluer longtemps sans provoquer de symptômes évidents.

Le risque est notamment plus élevé chez les personnes atteintes de diabète ou d’hypertension, celles qui présentent une maladie cardiovasculaire, ainsi que chez certaines personnes âgées ou ayant des antécédents rénaux.

Deux examens simples permettent généralement d’évaluer la situation :

  • La créatinine sanguine, utilisée pour estimer le débit de filtration glomérulaire (DFG), c’est-à-dire la capacité des reins à filtrer le sang.
  • Le rapport albumine/créatinine urinaire, qui recherche une fuite anormale d’albumine dans les urines, parfois signe précoce d’une atteinte rénale.

« Parlez-en à votre néphrologue »

Il n’est pas impossible que, si vous consultez un néphrologue (un spécialiste des reins) et lui parlez de vos capacités cognitives, celui-ci vous regarde avec des yeux ronds.

C’est la limite, et l’impasse, de notre système de santé actuel. L’évidence, mais également la complexité, de ces liens commence à être connue et diffusée dans les milieux de la recherche scientifique… mais elle reste largement ignorée, ou tout au mieux sous-estimée, par le corps médical lui-même !

Mais maintenant, vous, vous savez !

Portez-vous bien,

Rodolphe


Sources :

[1] Voir la source Ziad A. Massy et Marion Pépin, « L’axe rein-cerveau : impact de la fonction rénale sur les fonctions cognitives », dans Académie nationale de médecine, le 6 octobre 2026

[2] Voir la source Giovambattista Capasso et al., « Facteurs et mécanismes du déclin cognitif dans l’insuffisance rénale chronique », dans Nature Reviews Nephrology, le 25 avril 2025

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