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Consommation28 octobre 20268 min0 vues
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Qu’y a-t-il vraiment dans cette petite capsule servie avec votre café ?

Rodolphe Bacquet 28 octobre 2026

Chers amis,

Vous êtes au café.

Vous commandez un expresso, un allongé, peut-être un déca.

Le serveur vous apporte, avec, un petit carré de chocolat, un sucre… et cette minuscule capsule remplie d’un liquide blanc :

Peut-être en versez-vous parfois dans votre café : son contenu ressemble à du lait, en a la couleur, parfois presque la texture.

Mais est-ce vraiment du lait ?

Savez-vous ce que vous mettez exactement dans votre café lorsque vous en versez le contenu ?

Je pose la question car à l’intérieur de ces petites dosettes se cache parfois un produit très différent du lait ou de la crème que vous supputez ; c’est ce qu’on appelle des « faux laits ».

Et une étude récente vient rappeler que ces ajouts anodins peuvent finir par peser dans votre alimentation quotidienne.

Un peu de lait ?

Commençons par une précision importante : toutes les petites capsules servies avec le café ne sont pas des « faux laits ».

En Suisse, notamment, il s’agit souvent de crème, contenant généralement autour de 15 % de matière grasse laitière. Ce n’est pas du lait frais, mais ce n’est pas non plus une imitation.

Le problème se pose avec une autre catégorie de produits, très répandue dans les pays anglo-saxons et dans certains distributeurs automatiques : les non-dairy creamers, que l’on pourrait traduire par « crèmes non laitières ».

Elles sont censées apporter au café la rondeur, la blancheur et l’onctuosité de la crème, sans utiliser nécessairement de crème laitière.

Pour obtenir ce résultat, les fabricants associent plusieurs ingrédients[1] :

  • des huiles végétales, notamment de coco ou de palme ;
  • des glucides, parfois sous forme de sirop de glucose ;
  • des émulsifiants, qui permettent à l’eau et aux matières grasses de rester mélangées ;
  • des stabilisants, qui empêchent le produit de se séparer ;
  • parfois des protéines de lait, des arômes ou des édulcorants.

La composition varie considérablement d’une marque à l’autre. Certains produits sont liquides, d’autres se présentent sous forme de poudre.

Et attention à une subtilité : l’expression « non laitier » ne garantit pas toujours l’absence de tout ingrédient issu du lait. Si vous êtes allergique aux protéines laitières, seule la lecture attentive de l’étiquette permet de savoir si le produit vous convient.

Quant à l’huile végétale, sa présence ne suffit pas à rendre un produit mauvais pour la santé. Tout dépend de sa nature, de sa quantité et de la place qu’occupe le produit dans votre alimentation.

Mais c’est justement là que les choses deviennent intéressantes.

Un café devenu 40 % plus calorique en 15 ans

Ce mois-ci, une étude menée par des chercheurs de la Tufts University, aux États-Unis, s’intéresse à l’évolution des habitudes de consommation du café.

Leur travail, publié dans le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, s’appuie sur les données alimentaires d’environ 30 000 adultes américains, recueillies entre 2003 et 2018[2].

Premier constat : les personnes du groupe ne buvaient pas beaucoup plus de café à la fin de la période étudiée qu’au début.

En revanche, leur café leur apportait davantage de calories !

La quantité moyenne de calories associées au café est passée de 43 à 60 par jour, soit une augmentation de près de 40 % en seulement 15 ans.

Pourquoi ?

C’est là que nos petites capsules de crème non laitière entrent en scène : les chercheurs ont constaté que ces préparations industrielles destinées à « blanchir » votre café étaient devenues la principale source de calories ajoutées à cette boisson.

Elles sont, outre les additifs chimiques que j’ai déjà cités, truffées de graisses saturées artificielles.

En 2018, elles représentaient en moyenne 18,5 calories par jour, contre 16 calories pour le sucre et les sirops, et 11 calories pour le lait.

En quinze ans, la contribution calorique de ces crèmes non laitières avait plus que doublé.

Le piège nutritionnel du « faux lait » industriel

Pourquoi ces produits ont-ils gagné du terrain ?

Une partie de leur succès tient à la recherche d’alternatives au lait animal.

Certaines personnes ne digèrent pas bien ce dernier, d’autres souhaitent limiter leur consommation de produits laitiers, et d’autres encore préfèrent les aliments d’origine végétale… tout en continuant à pouvoir en consommer.

Les laits végétaux sont un sujet à part entière, que je ne vais pas traiter ici – je rappelle simplement qu’il s’agit de produits extrêmement sucrés.

Une capsule de faux lait, elle, est un produit encore complexe car il est conçu pour remplir une fonction technologique très précise : blanchir le café, lui donner du corps, rester homogène et se conserver longtemps.

Autrement dit, à la place d’un produit simple – du lait et/ou de la crème – vous avez un cocktail incroyablement dense d’émulsifiants et de stabilisants.

Ces produits sont autorisés et ne constituent pas, par leur seule présence, la preuve d’un risque sanitaire.

Mais, d’un point de vue nutritionnel, c’est une vraie petite cochonnerie.

Une petite capsule de faux lait dans un café ne va pas bouleverser votre santé.

Il n’y a aucune raison de culpabiliser pour un café pris au comptoir, ni de considérer un aliment isolément comme responsable de tous nos problèmes métaboliques.

L’étude américaine se « concentre », sans jeu de mots, sur les calories – mais en réalité, les calories, on s’en fiche un peu.

Cette étude constitue en réalité une alerte sur l’impact santé de ce petit geste anodin, parfois répété jour après jour, ou même plusieurs fois par jour, qui consiste à se prendre un « shoot » d’additifs chimiques dans un café.

La question est donc bel et bien celle de l’accumulation.

Une personne qui boit plusieurs cafés par jour, qui ajoute systématiquement une crème riche en matières grasses industrielles et qui consomme par ailleurs de nombreux produits transformés peut finir par absorber une quantité non négligeable de produits chimiques.

Pris séparément, ces additifs ne sont pas nécessairement dangereux : ceux qui sont autorisés font l’objet d’évaluations de sécurité. Mais quid d’une consommation quotidienne, répétée ?

Un microbiote sens dessus dessous

Certaines recherches commencent à s’intéresser aux effets des émulsifiants et des stabilisants sur le fonctionnement intestinal et le microbiote.

Dans une étude publiée en 2021, des chercheurs ont réparti 16 adultes en bonne santé entre deux groupes : neuf ont suivi une alimentation sans émulsifiants et sept ont reçu, en plus, 15 grammes de carboxyméthylcellulose par jour pendant 11 jours.

Résultats dans le groupe exposé :

  • modification de la composition du microbiote intestinal ;
  • diminution de sa diversité chez les participants concernés ;
  • réduction de certains métabolites, notamment des acides gras à chaîne courte ;
  • augmentation modeste de l’inconfort abdominal après les repas.

Deux participants ont également présenté des modifications suggérant que les bactéries intestinales se rapprochaient de la couche de mucus qui protège normalement la paroi intestinale[3].

Une autre étude, parue l’an dernier, a été menée sur 60 adultes en bonne santé. Après deux semaines d’alimentation sans émulsifiants, les participants ont reçu pendant quatre semaines l’un des cinq additifs (carboxyméthylcellulose, polysorbate 80, carraghénane, lécithine de soja ou amidon de riz natif) ou un placebo.

Les chercheurs ont observé :

  • des modifications de la composition du microbiote sous l’effet des émulsifiants ;
  • une diminution des concentrations d’acides gras à chaîne courte avec la carboxyméthylcellulose par rapport au placebo, tendance retrouvée pour d’autres émulsifiants, sans être statistiquement significative dans tous les cas ;
  • une augmentation de la perméabilité intestinale par rapport au niveau initial chez les participants consommant de la carraghénane.

Faut-il s’en inquiéter si vous ajoutez une petite capsule à votre café chaque matin ?

Impossible de l’affirmer à ce stade : on manque encore d’études permettant d’évaluer les conséquences d’une exposition prolongée chez l’être humain.

C’est pourquoi, si vous buvez plusieurs cafés par jour, le plus simple est de ne pas ajouter systématiquement une préparation dont vous ignorez la composition.

Une alternative végétale au lait, un « faux lait », n’est pas nécessairement plus saine. Cet ajout minuscule, répété plusieurs fois par jour, peut finir par compter dans le bilan nutritionnel.

Portez-vous bien,

Rodolphe


Sources :

[1] Voir la source

[2] Voir la source Yongyi Pan, « L’apport calorique du café a augmenté de près de 40 %. Le sucre n’est pas le principal responsable », dans Science Daily, le 22 octobre 2026

[3] Voir la source Benoît Chassaing et al., « Une étude randomisée contrôlée d’alimentation sur l’émulsifiant alimentaire carboxyméthylcellulose révèle des effets néfastes sur le microbiote intestinal et le métabolome », dans Gastroenterology, mars 2022

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